Ziad Maalouf, tout simplement !

Ziad Maalouf à Papeete, janvier 2011 - Photo: Simon Decreuze
Ziad Maalouf à Papeete, janvier 2011 – Photo: Simon Decreuze

La première fois que j’ai entendu Ziad Maalouf à la radio en sachant que nos chemins allaient se croiser, ce fut ce jour de janvier 2011. Ce n’était pas dans son émission l’Atelier des Médias, mais dans un reportage qu’il faisait depuis Papeete à Tahiti. Je me souviens, ma  première réaction fut celle d’aller regarder ma mappemonde. Et je découvrais alors presqu’ébahi qu’il se trouvait alors en plein milieu de l’océan Pacifique, à des dizaines de milliers de kilomètres de Paris ! Ensuite il y a eu ce dimanche 17 avril 2011, où je le rencontrai en vrai, dans le hall d’un hôtel de Yaoundé, au Cameroun.

Au premier abord, je ressentis une certaine surprise. Parce qu’il n’était pas tel que je me l’imaginais. Il se trouve que lui aussi a été surpris, quand il me rencontra la première fois. Avant ça, il y avait eu ma sélection pour Mondoblog et quelques discussions téléphoniques. Nous avons passé une semaine de « formation » à Yaoundé, entre une connexion Internet en dilettante et des soirées agitées – soirées auxquelles il ne participa jamais. Ce billet, j’aurais d’ailleurs dû le rédiger à l’époque. Il était mon binôme lors de l’exercice du portrait. Il en avait fait un de moi et je lui devais la pareille. Mais je manquais de matière. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et il est grand temps que je solde cette dette vieille de deux ans et demi déjà.

Et de la matière, il y en a, parce que la providence a voulu que nos chemins se rencontrent une nouvelle fois à Dakar au Sénégal et qu’ensuite, je marche dans ses pas – ou plutôt essaye de suivre son rythme – pendant une semaine à Paris. Et c’est peu dire que j’ai eu le temps de l’observer à loisir.

De lui, deux choses m’ont marqué lorsque nous étions à Yaoundé. La première était son calme et son apparente distance par rapport à ce que nous faisions, qui était en réalité trompeurs. Ziad ne fut jamais présent quand on faisait nos quatre cents coups, mais nous avons à maintes reprises été surpris par la précision des informations qu’il pouvait avoir sur nos faits et gestes qu’on pensait pourtant avoir bien dissimulés. Deuxièmement, lors de nos repas, il participait très peu aux conversations, mais ses interventions étaient toujours d’un à-propos presque déroutant.

Ensuite, il m’a bien fait rire à Dakar. D’abord son abondante chevelure que nous avions toujours connue avait entre temps disparue après un détour chez un coiffeur en Asie. Et un pan de sa personnalité était incontestablement partie avec cette tignasse frisée. Il semblait bien plus jeune sans. Ensuite il y a ce petit sac qu’il emmenait partout. Un sac très pratique, certes. Mais qui avait ceci de particulier qu’il était non seulement simplissime, mais qu’il avait une façon assez rigolote de le porter, un peu comme les vieilles mégères acariâtres portent leur fourre-tout qui leur sert de sac à main. « J’en ai plusieurs comme ça » a-t-il tenu à me préciser.

... et son coiffeur asiatique.
… avec son coiffeur qui venait juste de lui couper les cheveux

Mais ce n’est que lorsque je l’ai rejoint dans son environnement que j’ai vraiment saisi les  nombreuses facettes de sa personnalité.

Par la force des choses, je suis devenu un fidèle auditeur de son magazine hebdomadaire qui est diffusée tous les week-ends sur Radio France Internationale. Et pour celui qui écoute les programmes de cette radio, on imagine la quantité de travail qu’il faut pour avoir des rendus d’une telle qualité. Mais ceci est juste notre imagination. Ziad pilote une émission qui parle de nouveaux médias liés à Internet. On peut croire que cela va de soi puisque tout le monde semble s’y intéresser et qu’il n’a qu’à claquer des doigts pour que les sujets viennent à lui. Que non ! Cela procède d’un travail impressionnant ! Une fois, il m’est apparu fatigué, mais surtout un peu harassé par le fait qu’il ne savait pas du tout de quoi il parlerait dans sa prochaine émission. Et ceci quelques heures seulement après avoir bouclé celle qui serait diffusée le lendemain ! Et dans une conversation qu’il a eue avec l’un de ses collègues, il disait « il est vrai que c’est une émission qui parle des médias et qu’il y a de la ressource, mais je ne me vois pas encore en train de faire ça dans dix ans ».

Quand il ne prépare pas son émission, il est devant un pupitre. Enfin, façon de parler. Depuis un an, il est enseignant en journalisme à Sciences Po à Paris. Et ce qui tient lieu de pupitre pour lui est un ordinateur connecté à un large écran accroché à un mur. Il m’a invité à l’un de ses cours et à cette occasion, j’ai découvert qu’il avait un autre arc dans son carquois puisqu’il dispensait ses leçons dans un anglais quasi-parfait !

Ne chômant presque jamais, il est toujours en train de faire quelque chose. Avec lui, j’ai vraiment compris ce que signifie être une « bête de travail ». Il faut vraiment l’être pour en plus de tout ce qui précède gérer une communauté qui a dépassé les dix mille membres depuis belle lurette ; pour organiser la formation de blogueurs (Mondoblog et LibyaBlog). Par ailleurs, il m’a à maintes reprises souhaité une bonne nuit pour se retrouver en train de faire des allées et venues dans le couloir parfois pendant plus d’une heure de temps. Avec sous les bras un poste de radio ridiculement minuscule. Quand il n’est pas sur son iPhone ou sur son ordinateur, il est en train de lire.

Parlant de ses lectures, j’ai trouvé dans un lieu incongru des livres. Je lui ai demandé s’ils étaient tous à lui. Il m’a répondu oui. Les avait-il déjà lus ? Tous, l’un après l’autre, m’a-t-il répondu. Il est parti en souriant quand il a vu mon air étonné. Il y avait de quoi être surpris. Dans cette seule pièce, j’en ai compté plus de deux cents ! Et il n’y en avait pas seulement là ! Il a tout de même tenu à revenir sur ses propos, car tous ces livres, il ne les a peut-être pas tous lus. Il se considère même comme étant un lecteur plutôt moyen. En parcourant sa bibliothèque, j’ai d’ailleurs pu me rendre compte de l’ampleur du pedigree dont il a hérité. Il y avait des Maalouf à ne plus savoir qu’en faire !

Travailleur, mais d’une très grande gentillesse aussi. J’en veux pour preuve la quantité de bonbons Haribo dont il m’a nourri. Et le nombre d’attentions qu’il a eu pour tous ceux qu’il rencontrait. Il n’y a qu’à entendre sa voix qui est d’une grande douceur.

Mais cette douceur et cette gentillesse ne signifient pas qu’il manque de fermeté et de rigueur. Il en faut pour mener autant de choses de front.

On peut aisément penser qu’un homme pareil, quoique très jeune, puisse être blasé. Car pour avoir parcouru notre monde de long en large, pour avoir vu autant de pays, autant de cultures différentes et finalement rencontré autant de personnes, rien ne pourrait plus le surprendre, l’émerveiller. En réalité, il est encore possible que quelque chose en ce bas monde puisse faire pétiller ses yeux. Il n’en fallut pas beaucoup pour que je m’en rende compte. Il a suffi qu’on aille à quelques mètres seulement de l’endroit où il travaille. Au sein de la ruche qu’est la rédaction d’une grande chaîne de télévision internationale. « L’idéal serait de travailler dans une atmosphère pareille ! ». Je ne saurais ne pas évoquer l’admiration qui transparaissait de sa voix quand il évoquait Jean-Baptiste Placca, qui est pourtant l’un de ses collègues.

Côtoyer un personnage pareil pousse à s’interroger sur l’importance qu’on peut se donner à soi-même. Ziad est sans aucun doute sûr de sa force, mais il n’en fait pas des tonnes pour autant. Pour le peu que j’ai pu voir, il mène une vie très simple. Il n’y a pas de choses superflues ou inutilement ostentatoires qui encombrent son quotidien. De façon personnelle, le connaître et l’observer m’ont mis du plomb dans la tête et servi une véritable leçon d’humilité. Je pousserai même un peu plus en disant que je me suis presque trouvé un modèle.

Un modèle qui en tout état de cause, ne sera pas évident à suivre. Mais on ne perd jamais rien à essayer.

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
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12 thoughts on “Ziad Maalouf, tout simplement !

  1. Même après ce fin portrait, Ziad reste un mystère. Tu as raison de continuer de cultiver ce mystère. Beau travail et merci René, mondobloggueur dont l’humilité s’est également fait ressentir à Dakar.

  2. René je suis sur que nous avons une télépathie je me joins à toi pour dire Merci à cet homme que je préfère avec les cheveux et cela n’engage que moi? tu as oublié de dire quand même qu’il est taquin tu vois la phrase qu’il m’a sorti a Dakar pour me souhaiter la bienvenue? ha ha ha « alors Salma tu as déjà combien d’enfants?je réponds « un seulement Ziad », il poursuit « tu vas te marier avec le même monsieur qu’on a vu à Yaoundé? » je répond « oui Ziad »et il me dit la phrase qui tue René « je ne sais pas comment il faut pour te supporter avec tes mauvaises habitudes » et là tous les mondoblogueurs que je pensais dispersés dans leurs causeries m’ont lancé un de ces regards hahahha.
    bel hommage pour Ziad

  3. Limoune a raison, on ne sait pas si c’est l’auteur du portrait qu’on a cottoyé toute une semaine et pourtant on doit apprendre aujourd’hui que le panda se nourrit aux bonbons Haribo, où celui dont il dresse une belle esquisse. Même si capilairement parlant, il y a encore un mystère à éclaircir… Est-ce que Salma ne serait pas derrière tout ça avec ses postiches frisés, et le coup du coiffeur asiatique un coup médiatique?! Je ne crois que ce que je vois! Au fait Jackson, je comprends maintenant pourquoi je trouve tes traces sur les murs de Marseille… L’usine Haribo t’a trahit!

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