Douala, ville sexuelle

Des belles de nuit
Des belles de nuit

Ah, toi le jeune homme plein de principes. Je te vois encore tout boutonneux, en plein dans le tumulte de la puberté. Je te vois regarder avec tendresse et avec une admiration difficilement voilée cette fille qui est dans la même classe que toi. J’imagine que tu lui écris des poèmes, des poèmes que tu n’as pas le courage de lui donner à lire. J’imagine que quand tu dors ce n’est qu’elle qui peuple tes rêves. Sur ton téléphone, c’est sa photo qui est en écran de veille. Pour toi, elle est la femme de ta vie. Celle avec laquelle tu te marieras. Celle qui te fera tes enfants. La seule que tu connaîtras de toute ta vie. Mais tu ne vois pas bien mon petit. L’amour t’a voilé les yeux. Tu ne vois pas qu’elle plane carrément pour un gars qui n’est même plus au collège. Il est en fac, là où tu risques de ne jamais même t’égarer. Elle ne t’aimera pas. Elle va te démolir. Ta vision sur la vie va changer. Et mon petit, tes principes sur la fidélité et l’exclusivité de la relation amoureuse, viens me voir dans quelques années et on en reparlera. Et je parie que tes idées auront changé. Parce que, mon petit, tu ne vis pas dans un hameau ou dans une bourgade mal famée, mais tu es à Douala, mon gars. La ville la plus sexuelle du monde.

Nous les hommes, c’est-à-dire les hominidés mâles, sommes victimes d’une violence rare. Une violence qui ne dit pas son nom. Nous les mâles de Douala, nous souffrons le martyre. On nous impose une situation contre laquelle on ne peut même pas se défendre. Parce que si on le fait, nous serons taxés d’arriérés. De misogynes. D’hommes des cavernes. De Cro-Magnon. Cro-Magnon, puisqu’on parle de lui, avait bien été inspiré de mettre des vêtements sur les femelles de son ère.

Les femmes agressent les hommes à Douala. On ne parle pas ici d’une agression à coups de bâtons ou avec une arme à feu, mais d’une agression visuelle d’une rare violence. Une violence dont ont peut se demander si elle ne serait pas des fois comparable à une bonne fessée. Le corps de la femme de Douala est une provocation à peine voilée. Sans faux jeu de mots.

Les seins

La mauvaise destinée a voulu qu’à Douala, il fasse chaud tous les jours de l’année. Même pendant la saison des pluies. Le mauvais sort a aussi voulu qu’un jour un ivoirien eusse l’idée de composer un air faisant l’apologie des lolos. Ce mauvais sort a voulu qu’il aille jusqu’au bout de son idée en faisant un clip vidéo affichant des mamelles féminines plus amples les unes que les autres. Ces trois causes conjuguées ont eu un effet terrible sur la santé des hommes de notre cité. Les femmes à forte poitrine, qui auparavant les cachaient, les déploient dorénavant, comme des missiles. Dans des décolletés les plus vertigineux. Demande leur pourquoi elles le font, elles te répondront qu’ « à Douala il fait chaud ». Oui mesdames, vous faites aussi monter la température dans les pantalons de ces messieurs.

Les fesses

Elles ne sont pas en reste. Contrairement aux femmes occidentales qui dont des derrières désespérément aplatis, c’est-à-dire des derrières sur lesquels on ne peut s’accrocher en cas de chute et qui ne peuvent pas amortir les « chocs », les camerounaises ont eu le bonheur d’avoir des derrières généreusement pourvus. Et qui ne les cachent pas. Loin, très loin de là. Elles ne le cachent pas et les hommes frôlent la crise cardiaque à chaque coin de rue.

L’accoutrement

Certaines fois, on peut avoir l’impression que la ville est une immense maison de tolérance à ciel ouvert. Et les chinois n’ont pas arrangé les choses. Ces importateurs de textiles, qui savent plus que tout le monde flairer les tendances, ont nous ont inondés de quantités astronomiques de collants. Ces collants qui sont sensés êtres recouverts d’une robe ou d’une jupe sont portés comme ça. Et comme nos femmes sont, tel que je le disais plus haut, dotées de fesses et de seins imposants, ça donne un spectacle aux « rebondissements » dignes des plus grands films d’action américains. Ou bien ce sont ces jupes si courtes qu’elles laissent entrevoir leurs noirceurs entre-jambières toujours si disgracieuses.

J’ai entendu un soi-disant professionnel de la mode dire il y a quelques jours à la radio que les taille-basse étaient passés de mode. Il n’est pas venu à Douala. Parce qu’ici, il y a le moyen de transport numéro un : les moto-taxis. Il y a les pantalons et les jupes taille-basse. J’aurais aussi pu aussi parler des strings, mais pas vraiment. J’explique : une fille en taille-basse à Douala, c’est un spectacle quand elle grimpe derrière une moto. Comme au dessus de cette taille-basse, il y a très souvent un corsage qui brille lui aussi par sa petitesse (tiens, qu’on pourrait appeler taille haute), le fait de chevaucher une moto dévoile un string et le plus souvent (et c’est là que vient le bémol à propos de la ficelle) rien du tout. Ce qui met sur la place publique des fesses et leur raie souvent jolies à voir, mais aussi des horreurs sur lesquelles je refuse catégoriquement de m’étendre ici. Oui, à Douala, les femmes se baladent avec des hauts moulants, des collants, des pantalons et des jupes taille-basse et sans sous-vêtements. Même sans cette négation de la petite culotte qu’on appelle le string

Le problème est que l’homme est faible dans sa chair. Et ses yeux sont autant de radars qui détectent et se verrouillent sur ces manifestations de féminité. Qu’elles soient agréables à admirer ou pas. Souvent, les plus courageux émettent des sifflements. D’autres les accostent carrément. Mais il faut dire que ces femmes sont courageuses car les conducteurs de moto-taxis ne se privent jamais de manifester leur désapprobation vis-à-vis de ces accoutrements à force de quolibets. On en a même souvent vu qui soulèvent ces jupes courtes en pleine rue, question de les aider à en dévoiler un peu plus.

Le pire c’est quand elles commencent à vous séduire inconsciemment. Déjà que tu as les yeux en sang quand tu la vois qui ne cache rien. Elle vient placer ces seins appétissants sous tes yeux.  Elle se permet de croiser et décroiser ses jambes devant toi (et laissant paraître à chaque mouvement une étoffe ou une touffe, selon les situations). Pour enfoncer le clou, elle se met à te parler de ses turpitudes sexuelles avec un ex. Te voilà qui salive comme le chien de Pavlov. Et quand, erreur, tu oses une main, une remarque ou pire un baiser, tu deviens officiellement un obsédé sexuel.

Jeune homme, tu vis à Douala. Ne te nourris pas de chimères. Tu es encore un adolescent. Laisse-moi te dire qu’au moins la moitié de tes camarades filles n’ont plus leur virginité. Et au fur et à mesure que tu avanceras, ce ratio se modifiera. Un jour, tu auras peut-être ton bac. Tu arriveras à l’université. Et toi aussi tu iras courser les fillettes du collège. Qui seront subjuguées par ta condition (en réalité peu enviable) d’étudiant. Tu trouveras des étudiantes avec lesquelles tu te débaucheras. Et avec un peu de chances elles te nourriront. Mais il ne faudra pas être jaloux quand tu les verras monter dans la Mercedes d’un vieux devant qui elles écartent les jambes autant qu’elles le feront devant toi. D’ailleurs pourquoi être jaloux ? Avec quoi elles te nourriraient si elles ne le faisaient pas. Et puis, tu entendras des choses inimaginables. Tu feras des choses inimaginables. Et à un moment donné, vieux et désabusé, tu iras chercher une fille dans ton village. Tu l’épouseras. Mais tu ne te feras pas d’illusions quand, grisée par la vie en ville, tu la verras disparaître dans la nuit, les seins proéminents mis en vedette, les fesses dans  un taille-basse que ceux qu’elle rencontrera sur son chemin nocturne n’hésiteront pas à scanner pour avoir une image de ce qu’il cache. Les plus chanceux auront même la possibilité de se rendre compte qu’il n’y a rien en dessous quand elle grimpera inévitablement derrière une moto, dévoilant une belle proportion de son popotin.

Et là tu comprendras que la ville de Douala est bel et bien une chienne.

René Jackson

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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14 thoughts on “Douala, ville sexuelle

  1. Et bien mon cher Réné, vous n’y allé pas de plume legère. Mais la photocopie que vous faites est celle aussi de Bamako. Ici, on se contente de parler de depravation des moeurs, sauf qu’hypocritement les hommes à Bamako aiment voir les femmes presque denudées. Juste vous racontez merveilleusement bien votre histoire avec un style!

  2. hum, je sais pas… rien à dire sur le texte, il est extra. mais je me pose des questions sur le fond. mon cher ami, crois-tu que les femmes sont vraiment plus dénudées à douala qu’à Rio de Janeiro? et pourtant les hommes ne sont pas « agréssés » ici…
    il me semble que le machisme africain accepte mal le fait que les femmes soient libres. figure-toi que j’ai assisté à une marche durant laquelle des collègues défilaient en topless… et tous les jours on ne voit que ça. tu descends de l’immeuble et ta voisine est en bikini, ou je ne sais pas quoi… mais ce n’est pas un problème, puisque la mentalité est différente.
    « Pour enfoncer le clou, elle se met à te parler de ses turpitudes sexuelles avec un ex. Te voilà qui salive comme le chien de Pavlov. Et quand, erreur, tu oses une main, une remarque ou pire un baiser, tu deviens officiellement un obsédé sexuel. »
    Houlala…
    Hum, je sais pas… pas très convaincu par le fond…

  3. A mon avis, la ville de Douala est belle après tout. Mais, ce sont ces filles et ceux qui les soutiennent qui, font la honte de ses habitants. Ce sont vraiment de bons conseils aux jeunes frères et une interrogation à la responsabilité de tous. Bon billet!

  4. @Serge: Rio et Douala c’est deux cultures totalement différentes. Deux perceptions de la sensualité aux antipodes l’une de l’autre. Tu as parlé du bikini de la voisine. Ici, ce bikini, tu ne le croiseras qu’en piscine. Et encore, même jusque là, ce n’est pas gagné. Tu es une fille et tu te retrouves en bikini en dehors de ce cadre, tu n’imagines pas ce que tu peux subir.

    Tu parles de machisme. Souvent ce sont les femmes les premières à s’opposer avec virulence à ces accoutrements légers.

    1. mais les femmes elles mêmes ne sont le produit d’une culture extremement machiste. entend bien que je ne nie pas l’importance de préserver nos valeurs, mais je ne defend pas non plus que l’on déprécie les femmes compte tenu de leur habillement. elles sont libres après tout.
      et rendez-vous compte, aucun africain (homme) n’est aussi dure avec ces dames lorsqu’il est expatrié.
      toutefois, merci d’ouvrir l’espace pour un débat…

  5. c´est une question de culture jackon, j´ai été choqué de voir des femmes marcher nue au bresil et même en amérique tout les jours. je comprends ta préoccupation mais à force d´être exposés, les africains finissent toujour par s´habituer qd ils se retrouvent à l´exterieur, et plus d´insultes ou mauvais regards.. ce qui m´a fais penser que on a beaucoup de prejugés et blocus dans nos têtes. il est certe vrai que nous avons nos moeurs à protéger mais respectons aussi la liberté de tout un chacun.
    just my point of view 🙂

  6. Hey, moi je suis pas d’accord avec la tournure que prends les commentaires. Attendez, si la femme veut être nue dans la rue, où est son tord? Serge, tu peux pas savoir combien je crêve d’envie de rencontrer une voisine en Bikini chaque matin avant d’aller au boulot. Oui, nous sommes belles, en pagnes, le corps complètement couvert… mais de temps à autres, laissez nous, sentir l’air frais, ou bien?
    Moi en tout cas, ce billet me donne envie de vivre à Douala.

  7. Salut Jackson,
    Ahhh ces images des mignonnes qui montaient difficilement sur les ben-skin ou qui éprouvaient toutes les difficultés du monde à ramasser leur portemonnaie tombé au sol,parce que habillé un peu trop au corps étaient un vrai régal pour nos yeux. Celui qui ne le pense pas me jette la première pierre.
    Etre sexy et à la mode c’est bien car cela augmente ta valeur (toi femme) sur le marché, mais souviens toi, ne confond pas sexy et coquine avec vulgaire. Car la frontière est vraiment mince.

  8. Beh dites donc Douala vraiment dépravée!
    beau récit un peu chaud mais tout un art ceci dit Douala n’est pas pire que les autres villes africaine! n’est ce pas?

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