Au fait, elle est de quelle tribu ta fiancée ?

Raiponce et son prince charmant, Walt Disney

Renald et Evelyne vivaient une douce idylle depuis bientôt deux ans. Etant tous deux encore étudiants, ils avaient engagé une relation amoureuse que tout le monde autour d’eux enviaient, tant ils s’entendaient et semblaient être en phase sur tout. C’était le couple modèle. Ils devaient bien entendu avoir des anicroches comme tous les couples, mais personne n’entendit jamais une quelconque embrouille provenant d’eux. Ils disaient à qui voulait l’entendre qu’ils s’étaient mutuellement trouvés la personne avec laquelle il et elle feraient leur vie. Ainsi, tout le monde crut défaillir quand on apprit qu’ils avaient mis un terme à leurs fiançailles. Après de longues investigations, il en ressortit que c’est d’Evelyne que la rupture provenait. Elle avait parlé de Renald à ses parents et ces derniers avaient plus que tiqué quand ils avaient su de quelle tribu était originaire le fiancé. Les palabres avaient été rudes. Difficiles. Infructueuses. Après de longs jours d’une guerre tantôt à fleurets mouchetés, tantôt au lance-roquettes, les parents tenant aussi fermant leur position qu’une statue sur son piédestal, car valait mieux mourir que de voir leur fille épouser « quelqu’un qui vient de là-bas », Evelyne capitula. Elle mit son fiancé au courant de la rupture et disparut.

Les temps changent. Dans un monde où la mixité devient une règle d’or, les mélanges deviennent de plus en plus courants. Prenons par exemple la ville de Douala. Ville au cosmopolitisme tant historique que géographique. Une ville où on croise des personnes provenant d’horizons divers. Exerçant des activités qui les mettent en contact tant et aussi bien avec des camerounais qu’avec les originaires des autres groupes ethniques qui peuplent cette agglomération.

Il est donc devenu presque (et je mets bien l’accent sur le presque) normal de voir des personnes d’origine ethnique ou de pays différents. A Douala, c’est la soupe aux mélanges, des plus homogènes aux plus hétérogènes et plus hétéroclites. Il y a bien entendu la traditionnelle union entre deux personnes issues de la même communauté, mais aussi les relations entre des jeunes gens de tribus différentes et même des unions transnationales. Et dans le domaine de l’amour sans frontières – de pays – ceux qui tiennent le haut du pavé sont les nigérians, secondés par les libanais et en troisième position viennent les français.

Les nigérians, qui ont leur propre quartier à Douala, qui y excellent dans la vente des pièces détachées automobiles, ont participé au peuplement de ce quartier et de ceux environnants car contrairement aux originaires d’autres pays, ils ont pour sport favori (en dehors de celui de s’enrichir) celui de dévergonder les petites paumées et n’hésitent pas à leur faire une multitude de petits mouflards.  Mouflards dont ils auront oublié jusqu’à l’existence une fois qu’ils seront rentrés dans leur Nigéria natal. Les libanais ne sont pas en reste. Mais à la différence de leurs comparses nigérians, ils les épousent en bonne et due forme, nos petites camerounaises. Les français sont les plus cons. Ayant la réputation mondiale d’être de galants séducteurs,  ils s’en vont draguer la fleur au bout du fusil et se font souvent ferrer bien contre leur gré par de malicieuses filles du terroir qui en un temps et deux mouvements se font engrosser, s’assurant ainsi une rente mensuelle du père français qui offrira en dehors de ses euros une nationalité autre que la pauvre nôtre. Question de donner du relief à ce dicton trop bien africain : l’enfant est une richesse. Un investissement plutôt, oui !

A l’opposé de ces trois castes, existe une autre qui prend du poil de la bête : la chinoise. Ayant envahi notre cité, les concitoyens de Conficius se promènent partout. Toujours en pack de trois ou quatre. Adeptes du libre échange unilatéral, ils nous inondent de leurs produits bon marché et à la qualité sujette à caution, mais ils ont la fâcheuse réputation de rechigner à goûter à nos produits locaux, quoique bon marché et un peu sujets à caution. Non, les chinois ne fréquentent pas les filles du terroir. Et encore moins les marient. Ils préfèrent rentrer à Canton, à Taipei ou dans les tréfonds du Sinkiang (c’est-à-dire à des milliers de kilomètres de chez nous) débusquer leur fiancée que de se servir dans la générosité locale. Un peu comme les originaires de Mbouda (région à l’ouest du Cameroun) qui n’épousent pas une fille autre que celle de leur tribu. Tu peux sortir avec un mec Mbouda pendant des années, lui pondre une multitude de marmots, mais pour ses épousailles, il ira chercher dans son village, si tu n’es pas Mbouda comme lui.

L’une des premières questions que l’on pose à une personne qui dit avoir trouvé un ou une fiancé(e) est celle de savoir d’où est originaire son compagnon ou sa compagne. Et il y a beau dire vingt et unième siècle, modernité, évolution des mœurs et tout autre tralala, il demeure au Cameroun des tribus incompatibles lorsqu’on parle de mariage. Et parfois, ce que les uns reprochent aux autres sortent de l’entendement. Petit exposé :

Celles qui font l’unanimité toutes ethnies confondues, ce sont les filles bamiléké. « Mec, moi je ne courtise que les filles bamiléké. Elles savent entretenir un homme. Elles font bien la cuisine, elles savent entretenir la maison, sont travailleuses et ne cassent pas la tête », m’avait dit un ami qui lui est loin d’être bamiléké. Le bémol est qu’elles ont une notion très diffuse de l’hygiène et de la propreté. En dehors de celles-là, c’est le fatras généralisé. Les filles bassa’a sont taxées de « ndjagwé mè ». Ce qui signifie dans la langue de Jacques : j’ai faim. Paresseuses finies, juste bonnes à te pomper tout ton fric et ne rien offrir en compensation. Elles auraient les estomacs les plus creux jamais vus depuis la création. De véritables puits sans fond à francs CFA. Les filles béti sont réputées pour leur manque de vergogne et leur petite vertu. Capables de déshabiller leur mec en pleine rue quand elles ne se désapent pas elles-mêmes, capables de débiter des énormités sans avoir froid aux yeux, capables d’engloutir tout un salaire dans un bar en quelques heures. Elles ont en outre la réputation d’être de vraies chaudasses et de détenir les philtres d’amour et les gris gris de séduction les plus redoutables des bassins du Congo, de l’Atlantique et du Niger réunis. Les filles des tribus côtières ne seraient que des bonnes à rien, malgré toute leur volonté. Celles du nord, on peut toujours tenter de les débaucher. Mais tant qu’on ne récite pas les sourates et qu’on ne fait pas le ramadan, il est suicidaire de se présenter devant le père.

Du côté des hommes, personne ne fait l’unanimité. Les bamilékés seraient pingres. Radins jusqu’à la moelle osseuse. Les mecs d’origine bassa’a sont taxés de violents. Les bétis d’ivrognes et d’infidèles. Les côtiers d’incorrigibles vantards et les nordistes sont pour beaucoup les hommes les plus méchants que la Terre ait enfantés.

Donc, le choix de la tribu du/de la partenaire en vue d’un éventuel mariage repose sur des règles de préférence ethnique qui relèvent parfois de l’équilibrisme, quand on affine un tout petit peu l’analyse. Parce qu’aussi étrange que cela puisse être, les mariages au sein d’une même tribu sont souvent moins évidents qu’il n’y paraît. Prenons pour exemple le cas du groupement ethnique que je connais le mieux, puisque j’en fais partie : l’ethnie bamiléké. Jouissant de la même histoire, de la même culture et des traditions similaires, certaines tribus malgré cela ne se casent pas. Des recommandations m’ont été faites : au risque de te faire renier, ne regarde jamais une fille de Baleng. C’est une clique de sorciers et ces gens sont d’une couardise inégalée… Les filles Bafang sont à éviter, elles sont trop méchantes… Tu n’as rien à faire avec une fille Baméka, tu ne peux t’allier avec des gens qui ne servent à rien… Fuis comme la peste les filles Bangangté, surtout si elles sont claires de peau. Il n’y a pas plus irrespectueuses et casse-couilles… D’un autre côté, il est clairement déconseillé aux filles d’épouser un homme de la tribu à laquelle j’appartiens, car paraît-il, nous ne savons pas nous occuper d’une femme. Tout est dit.

Dans toute cette confusion des genres, deux situations sont mieux acceptées : le mariage avec un étranger et le mariage entre deux camerounais de tribus différentes, mais dont l’un au moins vit en Occident. Oui, il est souvent bien plus facile pour un étranger de se marier à un camerounais. L’un des membres de la famille d’Evelyne qui défendait la cause de Renald avait demandé à ses frères : « n’y a-t-il pas l’une de nos sœurs qui s’est mariée à un congolais ? Personne n’a rien trouvé à en redire. Mais en quoi un congolais est-il supérieur à quelqu’un de la tribu de Renald ? » Il n’eut aucune réponse mais les sentiments qu’ils avaient envers le pauvre fiancé ne connut aucune évolution.

Mais toute situation, aussi compliquée soit-elle, a son remède. Les jeunes gens ayant des projets communs ont trouvé une parade face au refus des parents ou de la famille. Ils s’arrangent à ce que la fille conçoive d’un enfant. La plupart du temps, la famille de la fille à un moment donné lui demandera d’aller rejoindre le géniteur et ce dernier a donc la possibilité de mener les négociations à sa guise…

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
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9 thoughts on “Au fait, elle est de quelle tribu ta fiancée ?

  1. Cet est récurent dans nos tribus malgré l’évolution du temps, des pensées et des allusinations qu’on avait d’une tribu ou de l’autre. Mais réellement dit, si l’on aime une femme ou un homme sincèrement, on surmonte ces croyances et on fonce. Désolé pour les paroles qui viendront de part et d’autres. Maintenant, faudrait que le couple soit un modèle et que le respect des aînés soit au rendez-vous. Même les parents opposants capituleront car, dit-on très souvent « mêmes les coeurs les plus rebelles s’assagissent » Bel article !

  2. Ma mater m’a cité un ensemble de tribus à éviter pour x ou y raisons. Moi je lui ai répondu « Donc, si Dieu me donne une femme de cette tribu là, je refuse ? » Elle a admis qu’il y a des exceptions :). Bon à savoir 🙂

  3. « Les bamilekes ont une notion diffuse de l’hygiene? » vraiment? C’est marrant comment tu passes vite fait sur les hommes mais il y’a tout un paragraphe sur les femmes…

  4. AHAHAHHA ton article m’a bien fait rire lool
    Par contre la  »notion diffuse de la propreté » des filles Bamilékés j’ai pas vrmt compris

  5. C est tout ce qui fera que le Cameroun restera moins développé. je pense qu´on a besoin de 100 ans à peu près pour que cette mentalité primitive voire retrograde disparaisse. la partie la plus intéressante dans ton blog est la où tu évoques de mentionner la supériorité du congolais par rapport au frère camerounais. A la longue c est un manque d´interprétation de l´éducation puisque si tout camerounais sait que « l´Homme est divers et ondoyant », ce serait déjà un facteur pour comprendre qu il n y a point d Homme parfait sur la terre. Les blancs ont compris ca depuis et aujourdhui on voit l union europeenne, qui n englobe peut etre que les europeens de bon et de mauvais caracteres mais font avec. les usa ou tt le monde est accepte et dont la loi vaut pr tous. personne ne se différencie de la loi. Au Cameroun chacun fait sa loi meme jusque dans le gouvernement et on veut se développer!????

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