Voyage vers l’Ouest – partie 4 et fin

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13 novembre 2010

Voyage vers l’Ouest – partie 4 et fin

La Chefferie de Bandjoun dans son panorama

La fin de mon aventure est proche. Elle se terminera même ici.

Le pont traversé, il sera engagé une longue et laborieuse ascension jusqu’à Bafoussam. Le premier village à traverser est Kékem. Point d’escale obligée d’antan. Il y avait là il y a encore quelques années une activité intense. Tous les cars s’arrêtaient pour permettre aux voyageurs de se dégourdir les jambes et de se restaurer. Mais cela a vite été un problème, ceci dû à la restructuration du transport de passagers sur cet axe qui a abouti à la création de véritables compagnies de voyages le desservant. Des cars plus confortables ont été introduits, permettant de supporter l’entièreté du voyage sans avoir besoin d’arrêts. Mais la cause de la principale suppression de l’escale a été le temps qu’elle faisait perdre. Cela pouvait parfois avoisiner l’heure. Les passagers descendaient des cars et allaient se perdre dans les buvettes environnantes. On était très souvent obligé de les chercher. Certains ont souvent même été « oubliés », car ils ne revenaient pas très vite et on ne les retrouvait pas. Les compagnies de voyage ont donc interdit cet arrêt à leurs chauffeurs, vu le manque à gagner dont il était à l’origine. Cette mesure a d’abord reçu les protestations véhémentes des habitués, mais ils s’y sont progressivement faits. Ils vivent dorénavant tous dans la nostalgie du safou (ce qu’on appelle par abus de langage prune), du plantain blet (ou mûr) et des viandes rôtis qui y étaient les vedettes.

Après Bafang et Bandja, où se trouve le troisième et dernier péage du voyage, nous abordons le légendaire Col de Batié. Tronçon d’une quinzaine de kilomètres où aucune erreur n’est permise de la part des conducteurs. Le moindre écart de volant conduit à la catastrophe. En effet, à cet endroit, les virages sont les plus vertigineux et la route est accrochée au sommet des collines. En plus de cela, les côtes affichent des pourcentages démentiels. Plus de 9% à certains endroits. Des deux cotés de la voie? Eh ben, le vide ! Ce col de Batié alimente beaucoup de mythes et surtout d’histoires cocasses. Moi, j’en retiens deux : il m’a été raconté comment l’un des amis de mon père, fumeur impénitent, décida d’arrêter avec la cigarette. Il dévalait un jour ce col au volant de sa voiture, avec une clope entre les lèvres… quand elle tomba sur ses cuisses. Il dut choisir entre s’occuper de ce désagrément ou s’occuper de la conduite. A signaler que l’arrêt y est pratiquement impossible, car il n’y a pas de bas coté. Il a conduit jusqu’à la fin du col, avec une cigarette qui consumait son vêtement. L’autre histoire, c’est l’un de mes amis qui la raconte. Il rentrait de Koutaba, à bord de la voiture d’un collègue de son père. Il me dit qu’arrivés à Batié, il remarqua que le collègue de papa qui conduisait n’affichait pas du tout de la sérénité. Ce souci devint un effroi quand il sortit de la bouche du collègue un : « Je n’aime pas du tout conduire à cet endroit ».

Mais si on fait abstraction de tout cela, le coin offre un panorama des plus saisissants. On peut contempler les versants d’autres montagnes qui sont couverts le plus souvent de champs, de carrières de pierres ou de sable. Ces carrières de sable donnent le nom de l’équipe de football phare du village : Sable Football Club de Batié, qui a gagné une Coupe du Cameroun et fut l’un des récents fleurons du championnat national de première division de football.

Puis, on entre dans Bahouan. Ce coin n’a rien de spécial. Sauf que le mari de l’une de mes cousines y est originaire et que je remarque quand on y dépose certains passagers qu’une bonne partie du car s’est vidée. Ensuite, nous voilà à Baham. L’une des têtes pensantes du pays y est née. Tout le monde le surnomme « Zéro Mort ».

Finalement, on arrive à Bandjoun. La petite particularité de cette localité est qu’elle constitue un carrefour. Car les axes provenant de Yaoundé et de Douala s’y rencontrent en un échangeur. Le voyageur venant de Yaoundé et celui venant de Douala, se dirigeant tous deux vers Bafoussam font chemin commun à partir de Bandjoun. Il a été planté des balises de couleurs rouge et blanc tout le long de ces axes qui sont comprises dans le territoire bandjounais, c’est-à-dire à partir de la frontière avec Bafoussam jusqu’à l’échangeur, de la frontière avec Baham jusqu’au dit échangeur et de la frontière avec Bayangam (pour ceux venant de Yaoundé par Bangangté).

Moi, j’aperçois ces balises et je me prépare à la descente. Plus que quelques kilomètres à parcourir avant d’arriver à l’entrée de la ville de Bandjoun. J’aperçois enfin l’échangeur dans la pénombre de la nuit tombante. Et là, je suis rempli d’émotion. Je suis arrivé chez moi. Il n’y a pas plus chez moi qu’ici, nulle autre part.

Je descends du car, je respire une grande goulée d’air et je sens les larmes me monter aux yeux. Le vent froid et l’émoi. Le car repart, et je reste là à tout contempler. Chaque fois que j’atterris ici, c’est la même vague de sentiments qui me submerge. Je suis lié à ce lieu, à la vie à la mort. C’est ici que je mon histoire s’achèvera sans doute. Dans une boîte de 1,90m sur 0,50m et à six pieds sous terre. J’ai vécu de merveilleux moments ici. Et ce froid, il est délicieux.

Mais il commence déjà à se faire perçant. Les gouttes de pluie sur mon visage et la nuit qui envahit l’espace me sortent de ce romantisme. Mince, il est déjà dix huit heures quarante cinq ! Ce chauffeur a vraiment pris son temps. Ne sait-il pas que dans ce bled, à partir de dix neuf heures, les taximen courent se calfeutrer chez eux ? Heureusement, un phénomène déjà bien assis à Douala s’établit ici : les mototaxis. L’un de ces engins se matérialise devant moi. Son pilote demande le prix fort pour me déposer jusqu’à la maison. J’accepte. C’est ça ou se coltiner à pieds une huitaine de kilomètres sous la pluie, dans  l’obscurité et la froidure. Je suis assez chanceux. La distance qui reste à couvrir est entièrement bitumée. Une dizaine de minutes plus tard, je pose le pied…

Par René Jackson

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Commentaires

Boukari Ouédraogo
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Vraiment une belle photo

NathyK
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Bravo champion, très belle description du voyage dans l'ensemble. Ça donne envie de visiter !

René Jackson Nkowa
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Merci, Nathalie! Ca vaut vraiment le coup d'y faire un tour.