Cameroun: quand les inhumations freinent l’exode rural.

18 octobre 2010

Cameroun: quand les inhumations freinent l’exode rural.

L’exode rural est la migration d’individus des campagnes et des zones rurales vers les villes. On estime par exemple qu’à elle seule, la ville de Douala, capitale économique du Cameroun, accueille près de 2 000 nouveaux habitants chaque jour provenant pour la majorité de l’arrière-pays. Diverses solutions ont été élaborées pour ralentir cet exode rural massif, avec des résultats très souvent mitigés. Ce qui n’a pas été pris en compte, c’est que les inhumations constituent motivation qui empêchent certains de quitter les régions rurales. Ceci se vérifie particulièrement dans la région de l’Ouest au Cameroun.


Ceci procède d’une tradition qui malgré les époques ne change pas: tout bamiléké (l’ethnie bamiléké est celle qui peuple en grande majorité cette région) doit voir sa dépouille mortelle acheminée jusqu’au village, jusqu’à la terre de ses aïeux et ceci quel qu’en soit le prix ou quel que soit l’endroit du monde où il est décédé.

Ceci étant, dans certains villages bamiléké, l’essentiel de l’activité économique tourne autour des morts. Les périodes fastes sont les week-ends, surtout le vendredi et le samedi, car le premier jour est celui où la dépouille est transférée au village et le second est le jour de l’inhumation proprement dite.

L’une des particularités de ces cérémonies funéraires est qu’elles drainent beaucoup de personnes, en grande majorité des personnes étrangère ou des natifs du coin vivant dans les grandes villes. L’occasion malheureuse oblige à beaucoup de déplacements. Le nombre moyen des personnes constituant un convoi pour un décès est de 200 personnes. Autant de personnes qui faut loger, nourrir et déplacer. D’où le constat est fait que par endroits, les marchés ne sont ouverts que du vendredi au dimanche. Pendant ces jours, les commerçants font de très bonnes affaires, les débrouillards aussi. Ainsi, certains ont fait du creusage de fosses mortuaires une véritable activité. Il en est de même de ceux qui offrent leurs services pour le nettoyage des concessions funéraires. Lorsque les routes deviennent particulièrement impraticables, certains s’improvisent porteurs – de personnes.

Certaines personnes de lointaine provenance profitent de leur présence dans la région pour faire du tourisme. Les sites touristiques y sont légion, la tradition qui y est encore profondément enracinée les émerveille et profitent aux organisateurs d’excursions et aux fabricants et vendeurs d’objets traditionnels.

Après les enterrements, la tradition veut qu’une collation soit offerte à ceux qui ont honoré la cérémonie de leur présence. Cette collation a fait naître un caste de véritables « serial pleureurs », des individus qui sont reconnus comme étant celles qui sont présentes à tous les obsèques ayant lieu dans une contrée et parfois même en dehors. Pour expliquer cela, on peut avancer l’hypothèse de la pauvreté qui est endémique dans ces régions. Les collations mortuaires étant une occasion dans laquelle on peut obtenir de la nourriture gratuitement, certains en profitent pour avoir leur pitance, parfois la seule pendant des jours. Ainsi, dans la foule assistant à une cérémonie funéraire, beaucoup n’ont aucun lien avec le défunt. Parfois, ils ne savent même pas de qui il s’agit. Et très souvent on a assisté à des rixes et à des bagarres quand il vient le moment de passer à la collation.

De tout ceci, il est clair que les villages bamilékés retiennent encore en leur sein certains de leurs fils et filles avec l’aide de ceux qui meurent. Mais malheureusement, ce n’est pas suffisant pour limiter la saignée qui s’opère dans nos zones rurales.

Source image: sylviocombey.wordpress.com

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Commentaires

Boukari Ouédraogo
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Je ne pense pas que la mort d'un individu peut être con sidéré comme un frein à l'exode rural. Pendant que cetains naissent d'autres meurent. Je ne pense pas qu'il y ait également 2000 morts par jours dans la belle capitale camerounaise.