Une jeune pousse très prometteuse.

Il n’y a pas à dire: le cinéma au Cameroun et le cinéma camerounais sont, l’un comme l’autre, au creux de la vague. La situation peut être sans exagération aucune qualifiée de déroute totale. Le constat est simple. Il n’existe plus une seule salle de cinéma dans notre pays. La dernière  encore en exploitation, le Cinéma le Wouri, situé à Douala, a mis la clé sous le paillasson voilà déjà trois ou quatre années. Les bâtiments qui faisaient office de temples du Septième Art se sont presque tous mués en temples de louanges et de glorification au Saint nom de Jésus-Christ, occupés qu’ils sont par les églises réveillées qui naissent aussi régulièrement que les semaines ici.

Il n’existe plus aucune salle de cinéma au Cameroun.  C’est amer et affligeant! Alors que pendant les belles années du cinéma, on en dénombrait pas moins d’une vingtaine dans le pays. Les raisons de cette hécatombe ne sont pas clairement identifiées, mais le glas a été sonné par les CD et DVD piratés qui ont inondé le marché à l’orée des années 2000. Il ne valait plus la peine d’aller dépenser 2 500 F CFA (sans compter les frais de transport) pour regarder un film en salle alors que les mêmes films étaient vendus en packs de 5 ou 10 par DVD dans la rue pour souvent moins de 1 000 F CFA.

Les productions cinématographiques camerounaises dans le même temps ont suivi une courbe descendante en quantité, mais surtout en qualité. La dernière superproduction (si on peut l’appeler ainsi) tournée au Cameroun l’a été en 2005. Le film était produit par le brasseur Guinness. Sur les quelque 90 minutes que durait le film, 45 malheureuses secondes étaient tournées au Cameroun. Bien loin est désormais le temps de Sango Malo du cinéaste émérite Bassek Ba Kobiyo. Certains essaient de reprendre le flambeau, mais la qualité des œuvres laisse grandement à désirer. Elles relèvent plus  du bâclage méthodique et de l’improvisation que de l’art. Maintes fois, j’ai oscillé entre le sourire désabusé et le rictus agacé en regardant des films made in CMR. La dernière de ces insultes cinématographiques, intitulée à point nommé La Déchirure avait fait l’objet d’une promotion tous azimuts. Ca a attisé ma curiosité et celle de bien de gens. Bien malheureusement, je n’ai pas pu en regarder 10 minutes, tellement c’était mauvais. Il y a eu cette fois-là une réelle déchirure entre le cinéma camerounais et moi.

Mais j’ai changé d’avis. Ceci grâce à un jeune cinéaste de 26 ans extrêmement talentueux que je n’ai pas eu trop de mal à dénicher, je l’avoue, puisqu’étant l’un de mes bons amis que je me suis faits à la fac. Il n’a pas eu à trop bavasser pour me convaincre, car j’ai eu tout le loisir de constater le don véritable qu’il possède en tant qu’artiste: il est un excellent informaticien graphiste et un danseur hors pair. Il a ajouté une autre flèche à son carquois: le cinéma. Et j’avoue que même là, il m’a bluffé. Son premier film, Génération Consciente,  est un quasi coup de maître. Pas encore distribué, j’ai eu la primeur d’en avoir quelques extraits et très franchement, son job se démarque nettement de ce qui nous est très souvent servi.  Je l’ai rencontré cet après-midi et il m’a accordé la petite interview qui suit:

Bonjour Rolland. Peux-tu te décrire en tant qu’artiste ?

Je suis ALBANI Rolland. Je me fais connaître comme scénariste et réalisateur, mais je suis aussi monteur et cadreur. Je suis titulaire d’un DEC (Diplôme d’Etudes Collégiales) en Webmestre et Production Multimédia. Je suis un nouveau venu dans le 7ème art.

Avec Génération Consciente, tu en es à combien de films déjà?

Comme film pro si on peut le dire, c’est mon 1er film personnel. J’ai travaillé sur plusieurs productions à Equinoxe Télévision  (chaîne de TV camerounaise basée à Douala, ndlr) lors de mon stage là-bas et aussi quelques productions lors de ma formation à ISTDI. Génération Consciente est vraiment ma 1ère présentation au grand public.

Comment t’es-tu venue l’idée de faire ce film ?

J’ai eu l’idée de ce film lorsque les moyens ont manqué pour le tournage d’une série télé que j’ai mis sur pied avec les jeunes élèves de l’association Groupe Soleil au sein de laquelle j’évolue. Il fallait trouver un sujet qui pouvait accrocher les partenaires et impliquer aussi les jeunes. C’est là qu’est venue l’idée du scénario de Génération Consciente. Un film sur un sujet d’actualité, qui touche les jeunes, joué par les jeunes, et  qui s’adresse à tout le monde.

Quelles sont les différentes tâches que tu as effectuées sur le film ?

Comme chef de projet, scénariste et réalisateur, j’étais présent à toutes les étapes : de la recherche des financements au montage, en passant par les castings, les entraînements, les repérages, bref j’étais sur tous les plans.

As-tu rencontré des difficultés ? Si oui, lesquelles ?

La plus grosse difficulté à notre niveau a été la gestion des acteurs. Des élèves qui ne se connaissent pas pour la plupart et qui doivent faire des choses ensemble et devant des caméras. En plus, étant tous des mineurs, il fallait avoir l’autorisation des parents. C’était très difficile à gérer. Ajoutez-y tous les problèmes que nous avons rencontrés lors du tournage. Les camerounais ne savent pas encore comment se comporter dans un plateau de tournage.

Comment juges-tu l’état actuel du cinéma camerounais ?

Le cinéma camerounais veut renaître de ses cendres, mais malheureusement, ce sont les amateurs et beaucoup de charlatans qui sont les pionniers de cette renaissance et là le résultat est encore pire. Parce qu’ils passent le temps à bafouer les normes et les règles de l’art. Résultat: pour le public le meilleur acteur du Cameroun c’est EZA BOTO (un bien piètre acteur jouant le rôle de sorcier malfaisant dans une sitcom camerounaise,  ndlr)!!!!

Les problèmes que tu rencontres dans ton métier peuvent-t-ils être généralisés à tous les autres jeunes cinéastes camerounais ?

Très peu de jeunes ont la patience dont il faut s’armer pour se lancer dans le cinéma. Certains se battent comme des fous pour à la fin vendre le film à 1000frs à la sauvette. Là c’est tuer soi-même son travail. Parce qu’on veut le gain facile. Alors que nous essuyons tous les mêmes problèmes lors des tournages.

En ce qui concerne la promotion ou la diffusion où en êtes-vous ?

Le film fait l’objet actuellement d’une négociation au niveau du Ministère de la Santé Publique. Tant que les choses ne se sont pas précisées là-bas, aucune image ne peut être diffusée.

Comment le public accueille-t-il le film ?

Officieusement, il ya une bande d’annonce sur le Net, des extraits qui ont déjà été diffusés et tout le monde  a la même réaction : « on veut voir tout le film ! Dis donc Albani ! Comment vous avez fait ça ? »

Tu as d’autres projets en tête ? Si oui lesquels ?

Il y a la 2ème et la 3ème partie du film que je suis entrain d’écrire. Sinon mon prochain film sera un film de danse. J’y travaille avec une société de boisson énergisante de la place. Ce sera mon 1er film 100% pro ! Pour les détails, on verra plus tard. En attendant, je m’occupe de mon fils qui est né le jour où le film est sorti des studios de post production. J’invite aussi tous les jeunes qui veulent bosser avec moi. Ils seront les bienvenus. J’aime partager et échanger ! C’est comme ça qu’on devient meilleur.

Dans notre entretien préliminaire, il m’a expliqué que le projet avait été présenté au Ministère de la Santé Publique, mais que le producteur et la Tutelle tardaient à parvenir à un accord. Il existe donc de fortes chances pour que le projet soit proposé à une ONG ou même à l’OMS qui serait très intéressée. Dans tous les cas, la distribution du film n’empruntera pas les mêmes canaux que tous les autres qui sont produits au Cameroun.

Par René Jackson

La Bande Annonce officielle du film:

[youtube ezVFcmpW0UY]

Quelques images du film et du tournage:

Plus d’images et d’infos sur le  profil Facebook de Albani Rolland.

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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5 thoughts on “Une jeune pousse très prometteuse.

  1. Belle publicité. C’est avec une impatience débordante que nous attendons donc la sortie officielle de ce joyau. Puisse ceci être les prémisses d’une longue et enrichissante carrière. Celle du blogueur-interviewer semble déjà assez affermie. Courage 🙂

  2. Bonne chance Albani Rolland! C’est formidable de voir un jeune homme (et jeune père) courageux se battre pour sa passion du cinéma dans des conditions pareilles… bravo!

  3. je te connais très dur dans tes critiques, donc si tu as apprécié cet ouvrage alors ils doit être vraiment bon !!! aucune sortie officielle n’a été arrêté???

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