Une africaine fervente défenderesse de DSK

 

Le tableau du peintre Dominique Malabry

Pauvre Dominique Strauss Kahn. Il avait bien évoqué il y a quelques mois que dans l’optique de la présidentielle française de 2012, il risquait d’être la cible d’un coup en dessous de la ceinture. Il ne savait pas si bien dire, car le dessous de sa ceinture a effectivement été impliqué dans une scabreuse histoire avec une employée d’hôtel à New-York. Cette employée africaine, ressortissante de la Guinée, accuse celui qui est désormais l’ex-directeur général du Fonds Monétaire International d’avoir abusé d’elle sexuellement. Depuis plus de six semaines, cette affaire DSK (et celles connexes) empoisonne littéralement les tranquilles citoyens que nous souhaitons être. J’avais mis un point d’honneur à n’ y faire ne serait-ce qu’une allusion sur ce blog. C’était sans compter sur ma très chère mère.

 

Parce que depuis que ce tourbillon médiatico-judiciaire a commencé, elle a adopté une position: Dominique est innocent. Depuis le départ, elle traite à demi-mots cette Nafissatou Diallo de prostituée. On peut dire que l’évolution de la situation lui donne raison. Mais à bien y réfléchir, cette histoire est trop grosse pour passer: quelqu’un qui est en tête des enquêtes d’opinion sur la question des élections présidentielles et qui est le directeur du FMI ne peut pas se compromettre aussi bêtement. Dans la dernière ligne droite, chacun s’arrange à filer droit. La preuve, François Hollande, lui-même candidat à ces élections présidentielles s’est échiné avec succès à perdre du poids avant de se lancer dans la bataille. Et puis, il a suffisamment de sous pour se payer n’importe quelle prostituée de New-York, ce DSK. Il a une réputation de coureur de jupons, mais ceci n’explique par forcément cela.

Cette affaire DSK a eu une répercussion assez cocasse. Il y a quelques semaines, le peintre Dominique Malabry s’est vu interdire d’exposer son oeuvre dénommée « FMI » par le responsable d’une galerie d’art « sous le prétexte que c’était de mauvais goût avec ce qui venait de se passer ». Dans son esprit au moment où il peignait son oeuvre en 2009, il représentait le FMI (Strauss Kahn) qui déshabillait l’Afrique (la femme noire). Ce tableau (voir photo), était une oeuvre prémonitoire par excellence, car elle était une commande du constructeur automobile Porsche. Et on se rappelle que moins d’un mois avant les évènements dans le Sofitel New-Yorkais, DSK avait été violemment alpagué dans ce qu’on avait appelé à l’époque l’affaire de la Panamera. Parce que tout simplement, on l’avait aperçu au volant d’une Porsche modèle Panamera, il a été traité de tous les noms. Non, mais sérieusement, je n’avais personnellement pas compris où se trouvait le problème. Il est vrai qu’on parle souvent d’éthique, de déontologie et de l’image des hommes politiques, mais quel mal y a-t-il pour lui de conduire une Porsche, qui de surcroît ne lui appartient pas, mais qui lui avait été gentiment prêtée par un ami? D’ailleurs, lequel d’entre nous ne rêve pas d’être au volant d’une Porsche au moins une fois dans sa vie?

La semaine dernière, la crédibilité de Nafissatou Diallo a volé en éclats alors que certaines révélations sur les activités de cette dernière étaient étalées au grand jour. Il se trouve qu’elle est une prostituée (comme ma mère le marmonnait), qu’elle est entrée aux Etats-Unis en utilisant des motifs fallacieux (elle l’avait même qualifiée de « sans papiers ») et que tout ce qu’elle avait raconté pour accabler DSK était bidon (corroborant les soupçons de ma matrone sur le fait que cette jeune femme avait été payée pour effectuer sa sale besogne). Dans cette affaire, beaucoup d’africains ont vu la manifestation du mythe du riche et puissant homme Blanc écrasant et avilissant la pauvre femme Noire et espéraient cette fois voir l’homme Blanc passer à la casserole. Il n’en sera malheureusement rien.

D’une certaine façon, mon avis se rapproche de celui de ma génitrice. Déjà, c’est trop réducteur de limiter cette affaire au conflit (ou la mainmise) du puissant et du démuni. C’est une affaire de moeurs, mais qui a une entournure très politique. Et puis, ça m’interpelle, moi qui suis un homme (avec un petit « h »).

Le monde évolue. Il devient de plus en plus difficile d’affirmer sa masculinité. Le machisme existe encore dans nos régions, mais il est clair que la domination totale qu’un homme avait sur sa femelle n’a plus droit de cité. Un bon mari n’est plus celui qui procure gîte et couverts, il doit désormais aussi étrenner le rôle de cuisinier, de baby sitter, de lave-vaisselle ou de blanchisseur. Dans certaines sociétés, les hommes ne savent plus comment se comporter avec les femmes. Elles sont de plus en plus effarouchées et n’hésitent plus à traîner le propriétaire d’une main qui s’est posée au mauvais endroit au tribunal. J’étais perplexe quand j’ai appris que Julian Assange, le créateur du très controversé site internet Wikileaks était poursuivi pour un nouveau type de viol: le « sexe par surprise ». Des viols qui s’étaient passés dans des conditions particulières: il avait eu des relations sexuelles consenties avec ces deux femmes. C’est juste parce qu’il avait oublié d’utiliser des préservatifs solides qu’il se voit se faire traiter de violeur et qu’il risque la prison en Suède.

De toutes les façons, les accusations de Nafissatou Diallo auront du mal à tenir. Mais maman l’avait d’ores et déjà clouée au pilori. Tout comme elle avait auparavant vilipendé Fatou-Fatou, la sénégalaise qui accusait notre Samuel Eto’o national juste avant la coupe du monde de football en Afrique du Sud de l’avoir engrossée et de lui avoir proféré des menaces de mort. Dans l’argumentaire supposé de la jeune femme, Samuel s’était mis en colère car elle refusait de pratiquer un avortement car sa religion le lui empêchait. Et maman de rétorquer: « elle ne voyait aucune objection à aller coucher avec lui. Maintenant elle dit que le Coran refuse l’avortement. Je ne suis pas musulmane, mais je crois bien que le même Coran interdit les relations sexuelles en dehors du mariage. Tout ça n’est que manipulations ». Il s’avère que depuis, Fatou-Fatou, de son vrai nom Aminata Sokhna Lo, a démenti cette histoire tout comme l’avait fait bien avant elle le mis en cause, mais le mal était déjà fait.

Ceci sonne donc comme un avertissement pour toutes les femmes et filles qui ont fait du chantage leur fonds de commerce. Beaucoup de vos congénères n’approuvent pas cette démarche. Elles la combattent même. Il y a des justiciers qui luttent pour la cause de la veuve et de l’orphelin. Maman, elle soutient les hommes riches et puissants lâchés à la merci des foules frustrées par des femmes sans aucune once de scrupule, ni vergogne. Elle a été très soulagée quand elle a appris qu’il jouissait à nouveau de la liberté, quoique relative. Elle a aussi salué le courage d’Anne Sinclair qui est restée à ses côtés, le soutenant contre vents et marées. Cela lui a rappelé une certaine Hillary Clinton…

Les errements supposés de Nafissatou ont quand même eu, à titre personnel – et à celui de beaucoup de mes camarades de la fac – un point positif. Avant-hier, dans l’épreuve d’Institutions Internationales sur lequel nous étions appelés à plancher, l’un des sujets portait sur le FMI. L’une des questions était: « comment se nomme le nouveau directeur général du FMI? » Une question à un point, le point positif de toute cette histoire.

 

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson

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5 thoughts on “Une africaine fervente défenderesse de DSK

  1. Salut René. Comme toujours un joli article mêlant grande et petite histoire… Une remarque cependant… À ce jour Nafissatou Diallo n’a été accusée de prostitution que par un tabloïd américain contre lequel elle a porté plainte. Le même tabloïd avait participé à la campagne d’accusation contre DSK…En un mot, ne jugeons pas les uns ni les autres et faisons preuve de prudence. A part ça j’aime toujoyrs autant te lire.

  2. Compliquée, toute cette histoire! Tu sais René, depuis le début, même si je ne l’ai pas écrit – étonnant -, je doutais de Nafisatou. DSK a peut-être un passé noir, mais on ne peut pas tout laisser passer sur lui quand il s’agit de sexe. Nafissatou n’est pas encore accusée de quoi que ce soit, si ce n’est sa flopée de mensonges dans le passé. Mais qui sait ce qui va arriver? Y a-t-il eu relation sexuelle – consentante – ou pas? Wait and see, la vérité, ça apparaît toujours un jour, c’est une très vieille loi de la nature.
    Amitiés

  3. Ziad, j’ai commencé mon paragraphe par un ‘il se trouve que…’ Je crois que cela réussit à tempérer l’affirmativité péremptoire de mes propos.

    David, je suis d’avis avec toi que cette histoire est compliquée, beaucoup plus qu’on ne le pense.

  4. Rene, a ta place je me serai abstenu de meler ma mere a cette histoire qui est loin d’avoir fini de reveler ses secrets. quand je dis meler je parle evidemment de livrer son avis a elle ici. Les opinions personnelle, des lors qu’elles qu’elles trouvent le moindre echos quelque part se gonflent et prennent des dimensions inattendues. je te trouve trop affirmatif a la suite de la maman par rapport aux accusations portees contre Nafissatou par le New York Post…Enfin, opinion dun Guineen compatriote de Nafi.
    Desole pour les accents je roule Android et je suis un peu presse.

    1. Je te comprends, Alimou. Chacun a un avis sur cette affaire. Mais on parle d’un viol. DSK plaide la relation consentie et sauf miracle Nafissatou ne pourra pas prouver le contraire. Mais dans cette histoire il y a tellement de rebondissements que je ne serais pas surpris s’il y a un retournement de situation.

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