Scalpons-les, elles le méritent!

 

Mon bon ami et collègue blogueur Florian Ngimbis s’est fait proprement dézinguer lorsqu’il a publié il y a quelques semaines un billet aux accents hautement capillaires. Il s’était posé la question de savoir si les camerounaises avaient honte de leurs cheveux. Il s’est fait tailler en mille morceaux alors qu’il avait raison de bout en bout dans sa logique. Les camerounaises ont-elles hontes de leurs cheveux ? Oui, et ce sans conteste. Pour vérifier cela, il n’y a qu’à mettre son nez dehors, dans n’importe quelle rue ou ruelle de la ville de Douala. Sur 100 femmes ayant atteint ou dépassé l’âge de procréer, 97 portent des extensions capillaires. Pourquoi ? Je me suis longtemps posé la question. La réponse qui revient chaque fois de la part des charmantes représentantes du sexe dit faible est simple : pour plaire aux hommes et se sentir belles. Quel sacrifice pour le ravissement oculaire de ces bons mâles ! Non, trop peu pour moi. Il faut néanmoins être doté d’une véritable volonté de plaire pour porter ces monticules filandreux dans une cité comme celle de Douala où la température ne descend jamais en dessous de 20 degrés centigrades. Je vous laisse deviner le délice olfactif que peut représenter ce melting-pot composé de transpiration, de poussière et de temps (vu que ces greffes restent posées en moyenne pendant 3 semaines à un mois). J’avais à une époque essayé d’évaluer les ravages que causeraient les poux qui persécutaient nos tignasses enfantines si jamais elles se retrouvaient dans ces extensions. Le composé chimique hautement toxique disséqué plus haut exterminerait le malheureux pou qui s’y égarerait.

 

La ville de Douala est dure pour les femmes. Elle est au fil du temps devenue totalement réfractaire à toute coquetterie, au grand dam de nos mégères. A Douala, les femmes ne portent plus de bijoux de valeur. Les colliers, bagues, boucles d’oreilles et autres parures en or reposent pour leur grande majorité dans des boîtes à bijoux. Les intrépides qui osent les arborer se les voient arracher par des brigands qui n’ont plus peur de rien : nombre de fois on a vu des femmes pratiquement étranglées par le collier qu’on voulait – et réussissait – à leur voler. Nombre de fois, on a évoqué ces dames qui s’étaient retrouvées le lobe sanguinolent, une partie de la chair emportée avec les boucles d’oreilles. Nombre de fois on a parlé de celles qui se sont retrouvées avec des bleus et ecchymoses aux bras à cause d’une gourmette. Le marché du plaqué or a explosé à Douala. Et pas seulement à cause du prix de l’once d’or mis à des niveaux rébarbatifs sur le marché mondial. Les détrousseurs de tout poil qui sévissent dans cette cité y sont aussi pour quelque chose.

La coquetterie a presque foutu le camp de notre ville : jeune femme, porte un sac transparent qui laisse voir ton smartphone dernier cri tout au fond. Tu n’auras pas fait 100 mètres dans ce carrefour bondé qu’on t’aura taillé le fond du sac à la lame pour en emmener le contenu. Ne pense pas que tu seras plus en sécurité si tu laisses transparaître à travers ton pantalon jean moulant la bosse caractéristique de ton téléphone. Quand tu vas chez l’opticien, choisis une monture qui n’est pas onéreuse. Voilà la raison pour laquelle beaucoup de femmes à Douala se fagotent comme des bûcherons. Ou comme des soldats se préparant à aller au front. Oui, c’était ainsi, mais elles réussissaient malgré tout à conserver cette particularité qui les distinguaient des hommes, mais aussi et surtout d’autres femmes : les greffes, perruques et autres extensions capillaires.

A défaut d’autre chose, les camerounaises ont laissé libre cours à leur imagination quant à la coupe et surtout quand au coloris de leurs greffes, mèches, perruques et j’en passe. Je n’oublierai jamais mes trois jours d’examen du brevet de fin du premier cycle ont été étendus à cinq à cause de la fraude à grande échelle qui avait entaché l’examen  en 2000. Cinq jours où je vis tout en vert. Un sort funeste avait voulu qu’une fille trouve place tout près de la seule fenêtre qui éclairait notre salle d’examen. Cette adolescente avait eu l’idée déjà scandaleuse à l’époque de se faire greffer une abondante tignasse vert fluo. J’eus été daltonien que je n’aurais pas donné cher de la peau de mes fesses après la publication des résultats du BEPC cette année là. Tout comme certaines mettent beaucoup de soin à choisir des couleurs qui ne dépareillent pas avec la teinte de leur chevelure naturelle ou de leur peau, d’autres transforment leur tête en véritable palette de couleurs. Des mélanges les plus extravagants aux plus hétéroclites. Ces dernières années, elles se sont trouvées un modèle : la chanteuse américaine Rihanna, dont la coiffure change avec les saisons : elle les garde longs, toutes les jeunes filles ici les ont longs. Rihanna décide de raser tout un flanc de son crâne au ras (ce qui selon des rumeurs persistantes serait une exigence des Illuminatis, un cercle ésotérique auquel elle appartiendrait), toutes les adolescentes deviennent des illuminatis. Elle les met rouge, les cheveux, que dis-je, les greffes des doualaennes virent pour la grande majorité au rouge…

Les camerounaises auraient-elles assez de ces extensions synthétiques fabriquées en partie sur place ou importées pour la plus grande majorité de l’Empire du Milieu via le Nigéria voisin ? Seraient-elles devenues soudainement sensibles au tapage écolo incessant de l’heure. Nul ne saurait le dire. Le fait est que la tendance actuelle est le recours au aussi vrai que nature, connu sous l’expression de « mèches brésiliennes ». Oui, ce qui fait fureur dans les rues et salons de coiffure camerounais sont ces fameuses mèches brésiliennes. Elles font d’autant plus parler que ces dernières semaines, ces extensions sont la cause d’attentats d’une bassesse insoupçonnée perpétrés sur les camerounaises, et ce en pleine rue ! Il ne se passe plus aucun jour sans qu’on ne rapporte dans les faits divers qu’une femme a littéralement été scalpée dans une rue ou ruelle de Douala. Le seuil critique a été atteint le 8 mars dernier où une dizaine de cas ont été signalés.

Qu’on vole bijoux, argent et téléphones portables, je comprends. Mais des cheveux artificiels, ça frise le ridicule. Il fallait que je trouve les tenants et les aboutissants d’une telle aberration. Rien de mieux pour cela que de se rapprocher d’une personne du métier : une coiffeuse. Heureusement, j’en compte une dans mes amitiés. A la lumière de ses explications, le phénomène m’a paru de moins en moins être une aberration.

« Ce qu’il faut tout d’abord savoir, c’est que l’expression ‘greffe brésilienne’ est générique. Elle désigne en fait des chevelures d’origines diverses. Le plus souvent, elles viennent d’Asie, principalement d’inde et de Chine. Quelques fois elles proviennent du Brésil, mais c’est rare. On les appelle ‘brésiliennes’ pour 3 raisons : premièrement, c’est de la qu’on été produites les premières chevelures, deuxièmement il se dit dans notre milieu que les brésilien(ne)s ont les plus beaux cheveux du monde : doux, soyeux, faciles à coiffer. Et enfin, quand la chevelure vient du Brésil, elle est toujours en haut de la gamme, donc plus chère et ce pour les raisons qu’on vient d’évoquer.

Et oui, les mèches brésiliennes sont des vrais cheveux, tout ce qu’il y a de naturel. Dans les pays de production, les femmes ayant une chevelure abondante vont la vendre dans des centres spécialisés où on procède à la coupe, au traitement et à l’exportation. Le résultat est vraiment là puisque quand on pose correctement ces mèches, seul un œil averti peut détecter que ce ne sont pas vraiment les cheveux de celle qui porte la greffe.

Le prix de la mèche varie entre 25 000 et 150 000 francs (environ 40 et 230 euros) et pour celles qui veulent leur coiffure correctement fournie, il faut utiliser 5 ou 6 mèches de cheveux. »

Donc, si je comprends bien, il y a des femmes qui se baladent dans nos rues avec une véritable fortune sur le crane !  Elles charrient dans leur sillage des individus louches  armés non pas de couteaux ou de machettes, mais de tondeuses, de ciseaux et de lames de rasoir.

S’il est vrai qu’on n’est pas à une incongruité près dans notre cher et beau pays, il faut tout de même reconnaître que ça fait un peu désordre de voir des femmes se trimballer avec des centaines de milliers, voire des millions de nos pauvres francs sous la forme d’un amas de filaments harnaché sur le cuir chevelu. Heureusement que des petits malins ont entrepris de remettre de l’ordre dans tout ça. Et personnellement, je ne cesserai jamais de fustiger  ce culte du cheveu agrafé.  Où sont passés les nattes, les tresses, les cheveux laissés au vent ? Au risque de paraître vieux jeu, un retour vers ces coiffures simples et mettant en valeur les cheveux noirs et frisés serait une excellente chose tant pour la beauté au naturel que pour les comptes en banque. Beaucoup d’hommes sont de cet avis. Et par ricochet apportent un soutien tacite à nos scalpeurs des rues.

 

Par René Jackson

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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6 thoughts on “Scalpons-les, elles le méritent!

  1. D’accord avec toi ces histoires de greffes qui étaient réservées aux femmes mûres ayant bésoin de couvrir le poids de leur âge ou de cacher les cheveux qui s’en allaient à chaque coup de peignes,sont dévenues la panacée de toute la gent féminine.Dieu du ciel !!!!!!!!!!!!!! Dire que j’adore les cheveux au vent ou encore les nattes… Mon frére tu as raison sus à l’ennemi

  2. Personnellement, j’ne vois pas en quoi un choix esthétique contestable ou pas devrait justifier des actes criminels comme ceux perpétrés par ces « scalpeurs » que tu sembles porter en si haute estime vu les cibles auxquelles ils s’attaquent. J’aimerai bien voir ta tête si tu voyais ta copine ou un membre de ta famille se pointer le crâne dénudé et l’air hagard après avoir subit une telle agression.

  3. …dire que nos traditionnelles coiffures africaines rendent nos femmes encore plus belle que ces mèches, quels gachis!!! Mais une bonne partie de nos soeurs savent bien qu’on les aime si naturelle.

  4. Très joli article! Beaucoup d’humour et un réel sujet de fond.
    Celà dit, ces dernières années on a vu de plus en plus de femmes noires « assumer » leurs cheveux naturels et les coiffer par des tresses, nattes, ou même afro… Mais je pense que tant que les extensions resteront à la mode à travers les coiffures des célébrités noires, les femmes continueront à en faire. Probablement plus pour plaire les unes aux autres que de plaire aux hommes…
    Pour finir, je n’ose croire que vous soutenez vraiment ces agresseurs « scalpeurs » 🙂

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