Oppa Gangnam Style!

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S’il y a une chose qui ne se dément pas, malgré toutes les difficultés auxquelles il fait face, c’est que le Camerounais est un irréductible fêtard. Pour le vérifier, il suffit de compter le nombre de boîtes de nuits en activité dans une ville comme celle de Douala. Il faut voir le nombre de cabarets, de snacks. Pour vérifier cela, il faut faire un tour de la ville le samedi soir. Les rues sont bondées jusqu’à des heures indues. Pour vérifier cela, il faut refaire le même tour de la ville le dimanche matin. Les mêmes rues sont vides. Sèches. Les nuitards du samedi soir cuvent le dimanche matin. Pour vérifier cela, il faut que quelqu’un décède aux plus proches encablures des fêtes de fin d’année. On abandonnera sa dépouille dans une morgue, parce qu’il « faut laisser les gens fêter ». On en reparlera le 2 janvier. Le panel des choix de divertissement est très large et varié. Mais moi, mes préférées sont les bringues. La bringue est entendue de manière générale comme fête. Mais dans notre contexte, elle a une signification particulière. C’est une fête organisée chez un particulier. Ou dans un domicile, si vous voulez.

Si vous êtes invités à une bringue à Douala, il y a certaines choses vitales à savoir. Sinon on risque de passer une mauvaise soirée.

Tout d’abord, il est hautement risqué de se rendre à une bringue le ventre creux, en se disant sûrement – avec un sourire en coin – qu’on ira faire bombance à la fête. On le sait, les plus grandes déceptions naissent des plus grandes attentes. Ingérez une quantité de secours, de sorte que dans le cas où il y a plus de monde que prévu par l’organisateur – à cause des fameux « je m’invite », ces gens qui se pointent à ta fête alors qu’ils n’y ont jamais été invités et que surtout, personne ne connaît – et que votre table n’est invitée à passer au buffet que lorsque celui-ci est vide, vous ne soyez pas obligé de risquer les agressions dans un quartier que vous ne connaissez pas parce que la panse émet des gargouillis qu’on veut stopper en tentant de trouver la vendeuse de poisson braisé du coin. Laquelle de toute façon dort déjà chez elle, vu l’heure qu’il est.

La deuxième concerne la ponctualité. Si les Camerounais ont une chose en partage, c’est cette perception tronquée du respect des horaires. La manifestation la plus aboutie de ce fait est ce concept de « l’heure des Camerounais », qui semble permettre des retards les plus incongrus, les plus offensants. On ne compte pas le nombre de mariages qui n’ont pas eu lieu au moment prévu parce que le célébrant et les invités ont attendu l’arrivée de la mariée pendant parfois des heures. On ne compte pas les soirées de noces auxquelles les nouveaux époux sont arrivés longtemps après l’ouverture du buffet qu’ils étaient sensés eux-mêmes faire. Les Camerounais sont d’incorrigibles retardataires. Sur les invitations aux bringues, il est souvent mentionné une heure de début, qui varie entre 19 et 21 heures. Mais ne jamais commettre l’erreur de respecter ces horaires. Un jour j’ai été invité à une fête. Sur l’invitation, il était écrit 15 heures. Je me suis permis un retard d’une heure en arrivant à 16 heures, pour une fête qui débuta finalement… à 22 heures ! Autre chose : les bringues durent jusqu’au matin.

Le troisième conseil est qu’il vaut mieux être accompagné. Et ceci concerne autant les filles que les garçons. Pour les filles, il faut un pare-dragueurs-trop-entreprenants-et-vexants-à-la-limite. Parce que cette catégorie d’individus pullule toujours dans ce genre de circonstance et qu’un mâle à vos côtés aidera à les repousser. Pour les garçons, occupé à jouer au preux chevalier auprès de votre belle, vous n’aurez plus le temps qu’ont ces gars solitaires qui vont se casser les dents à essayer d’enguirlander les filles et qui, de guerre lasse ou par dépit, vont gigoter, seuls, sur la piste de danse pendant tout le restant de la nuit.

La quatrième est qu’il faut savoir danser. Un point très important. Parce que quand on va à une bringue et que l’on sait danser et que par malheur, on n’a ni mangé, ni bu, ni cavalière à cavaler et à coller*, la maîtrise de la danse peut à elle seule résoudre tous ces problèmes. Un bon danseur, de par ses pas chaloupés et des rotations de reins aiguisés, peut faire sortir de la marmite la dernière cuisse de poulet, la bouteille de bière qu’on avait oubliée volontairement au réfrigérateur. Et surtout, un bon danseur est un rival dangereux (et souvent inconscient de la menace qu’il représente) car de par ses gesticulations cadencées, il peut accaparer la totalité de l’attention de la petite que tu essaies de soustraire à cette ambiance depuis des heures.

Je l’avais repérée dès qu’elle avait pointé son joli minois dans la salle. Elle était seule. Elle ne parlait avec personne. Elle s’était limitée à une épistolaire discussion avec notre hôtesse, dont elle était l’invitée. Elle portait de jolies nattes, un corsage moulant à l’extrême et dévoilant un décolleté affriolant. Sa jupe avait du mal à dissimuler le bas de ses cuisses. D’ailleurs, c’aurait été un crime contre l’art, tant ses jambes étaient un délice pour les yeux. Cette fille serait ma principale activité pendant cette soirée.

Je parlais. Je ne faisais que parler. Elle acquiesçait. Elle se contentait d’acquiescer. En dodelinant de la tête. Chaque sourire était consécutif à des trésors d’inventivité de ma part. Mais une fois elle a ri. Franchement et spontanément. Une victoire inattendue parce que j’avais dit un truc pas très recherché. Certaines fois, elle parlait. Mais jamais elle ne prononça plus de cinq mots d’un coup. La soirée elle, avançait. Le repas était fini et les gens s’essoufflaient sur la piste de danse depuis plus d’une heure de temps déjà. Lasse de mes assauts répétés – ou convaincue par mon argumentaire, elle avait fini par accepter d’aller discuter un peu à l’écart. J’exultais. On s’était déjà levés quand, ô malheur, le DJ décida de démolir mes plans.

Depuis quelques temps, je suis fatigué du suivisme qui caractérise tous ceux qui comme moi, sont réguliers sur le Net. J’ai un blog, tout le monde a un blog. J’ai une adresse électronique, un compte sur Facebook, Twitter, Instagram, Google, Pinterest, Viadeo et sur une flopée d’autres services. Non, j’avais décidé de ne plus faire comme tout le monde. Et donc, j’avais décidé de faire peu de cas du mec qui faisait le Gangnam Style. Dont tout le monde parlait. Dont on disait qu’il se rapprochait d’un record établi par Justin Bieber, puis qu’il battrait ce record, puis qu’il le pulvériserait. On parle ici du record de visionnage des vidéos sur Youtube. Frénésie sur Internet, puis à la télé et même dans les radios. Tout le monde parle du Gangnam Style. Et plus on en parle, plus je suis convaincu du fait que je ne serais jamais de cette frénésie autour de cette vidéo. Et puis, que peut faire de bon un coréen, en dehors du fait de fabriquer des voitures, des téléphones portables  et des semi-conducteurs ? Réponse : un Coréen peut avoir la vidéo la plus regardée sur Youtube et lancer un phénomène de mode planétaire. Un phénomène de mode que j’avais totalement loupé. Et j’allais le payer cher.

Parce qu’au moment où on s’apprêtait à sortir, j’ai entendu sortir des hauts parleurs : Oppa Gangnam Style ! Suivi d’un cri d’approbation de la jeunesse présente en ces lieux. Même ceux qui étaient restés vissés à leur siège comme ma belle s’en éjectèrent. Et là, elle prononça pour la première fois une phrase de plus de cinq mots : « Viens danser le Gangnam Style avec moi ». Je ne bougeai pas. « Tu ne sais pas danser le Gangnam Style ? » Je fis non de la tête. Elle secoua la tête et s’éloigna en sautillant d’une jambe sur l’autre tout en croisant ses avant bras devant elle. Puis je la vis faire tournoyer son bras droit au dessus de sa tête. Elle avait rejoint sur la piste un jeune homme qui maîtrisait la chose. Jeune homme avec qui elle dansa le Gangnam Style et la dizaine d’autres chansons qui lui succédèrent. Je ne revis plus ma belle du reste de la soirée.

Aujourd’hui, je sais danser le Gangnam Style. Je connais même toute sa chorégraphie, tous ses mouvements. Tellement qu’il y a quelques temps, je l’ai si bien  dansé ce Gangnam Style à une soirée que pour une partie de mes connaissances, je ne suis plus René Jackson, mais désormais Oppa Gangnam Style. J’ai participé à la notoriété de Psy sur Youtube, puisque j’y ai visionné sa vidéo deux fois. Je l’ai d’ailleurs téléchargée sur mon PC et dans mon baladeur.

Une prise de conscience tardive et lourde de conséquences.

Bonus: un bébé complètement fan du Gangnam Style. Vidéo drôle et hilarante.

Par René Jackson

*Coller : danser lascivement avec une fille.

Bon à savoir : Avec son titre Gangnam Style, le chanteur Psy raconte moqueusement la vie des habitants de Gangnam, quartier huppé de Séoul, capitale de la Corée du sud. Dans le clip vidéo, sa danse parodie un cheval au galop. Ce pourquoi le Gangnam Style est aussi appelé la danse du cheval. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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10 thoughts on “Oppa Gangnam Style!

  1. ahahahahhahha, on apprend toujours de ses erreurs!! Ca t’apprendra a te mettre a la mode quand il faut!! C’est toujours un pur plaisir de te lire!

  2. waaaaaaah assia pour toi! Comme Jackie l’a si bien dit, ça t’apprendra à te mettre à la page 🙂 Et puis vois les choses sous cet angle: une de perdue, dix de retrouvées hahaha
    Sinon très bon article!

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