Les filles, Internet peut encore nous sauver!

 

Il est des petites bifurcations dans la vie, des petits écarts de trajectoire à première vue insignifiants, mais qui sont en fait des grandes occasions nous permettant d’en savoir un peu plus sur nous-mêmes, sur nos capacités, sur nos limites et sur l’importance qu’on peut avoir. Ces petites-grandes bifurcations permettent de regarder certaines choses auxquelles on se dit être habitué et qui font partie de notre environnement d’un oeil vraiment nouveau. A titre d’exemple, une petite bifurcation, il y a quelques années m’a fait comprendre que contrairement à ce que je m’étais toujours dit, j’étais capable d’engloutir en l’espace de quelques heures seulement des décalitres de boissons alcoolisées de natures différentes. Une petite bifurcation m’a fait comprendre qu’il pouvait quand même y avoir quelque plaisir à fréquenter (sporadiquement) des lieux de débauche. Un léger dérapage m’a permis de comprendre que la bonté, l’amour et la patience sont en réalité des qualités que tout le monde devrait avoir. La dernière de ces bifurcations dans ma petite vie a eu lieu hier. Et après cela, je me suis rendu compte que j’ai une importance des plus considérables dans ma société, et que je joue un grand rôle dans l’avancement de certaines choses dans mon pays. Voilà comment.

 

Hier, après des semaines d’un refus que je croyais ferme et sans appel, je me suis résolu à me plier à la volonté d’une très charmante et anciennement assidue cliente du cybercafé où je pointe qui voulait que j’aille chez elle dépanner son ordinateur. A cause de ses attitudes de vamp, je lui prêtais des intentions libidinales à mon égard et aller chez elle s’apparentait pour moi à me jeter dans la tanière du fauve. Donc, j’ai accepté après de longues tergiversations. Et hier après la fermeture de mon officine, à une heure avancée de la nuit, pas très rassuré sur ce qui se passerait chez elle, j’y suis quand même allé. Déjà, il faut que je vous rassure, je me faisais tout un film pour rien. D’ailleurs, quand je discutais avec elle, j’avais plutôt peur d’être victime d’une agression dans son quartier à mon retour. Finalement, il fallait que je craigne quelque chose…

Elle avait un réel problème. Deux en fait: il fallait faire fonctionner sa webcam sur l’application Yahoo! Messenger et voir ce qui se passait du côté de Badoo, qui avait un problème d’affichage des messages instantanés. Le diagnostic a été facile: le site Badoo devait avoir quelques problèmes car les messages instantanés mal affichés, beaucoup de clients s’en étaient déjà plaints. En ce qui concerne l’affichage de la vidéo sur Yahoo! Messenger, puisque les images de la webcam étaient correctement exploitées par les autres programmes en dehors de celui pré-cité, ce dernier devait être paramétré ou réinstallé.

Ce faisant, une discussion a débuté entre la fille et sa soeur cadette qui était elle aussi présente (et qui était entre autres l’une de mes fidèles clientes) concernant le flegme et l’impassibilité à toute épreuve que j’affichais à l’égard de ma clientèle. Elles ont ri de mon intransigeance quand l’heure de la fermeture arrivait et étaient finalement contentes de s’être libérées de mon diktat par l’acquisition d’un modem bien à elles.

« Jack, tu ne sais pas ce que ça fait quand tu demandes au gens d’arrêter de travailler hein!

– Je n’ai pas à m’en formaliser car à 23 heures – et vous savez toutes que 23 heures c’est mon heure de fermeture – il est tard et je suis fatigué.

– Et ça fait quoi? Tu attends toujours quand les choses deviennent sucrées, quand on est dans une conversation plus qu’intéressante pour nous annoncer que tu fermes.

– Quand les 23 heures sonnent, oui,  j’ai le droit de vous mettre dehors.

– Tu sembles ne pas prendre la mesure de l’importance des choses que nous on fait quand on vient dans ton cyber là. (Elle avait raison, mais je n’y croyais pas encore sur le moment. Je n’allais toutefois pas tarder à en prendre conscience).

– En dehors des sites de chat, vous n’allez nulle autre part quand vous êtes sur le Net. Avec vous c’est toujours Drague.net, Tchatche.com, 123love.com, Badoo, Afrointroductions, MSN et Yahoo! Messenger. Rien de bien crucial dans les faits. En plus, je ne vois pas à quoi ça sert.

– Tu te trompes gravement, mon cher. C’est un truc qui « donne », et très bien même. Ne crois pas que nous perdons juste le temps quand nous on va sur Internet hein! Je vais t’en donner les preuves: tu connais Adèle?

– Non.

– Pourtant tu la connais bien, c’était l’une de tes grandes clientes, attends je vais te montrer sa photo (elle farfouille dans une liasse de photos, en sort une qu’elle me tend).

– Ah ouais, je la reconnais, Adèle, Adèle! Elle a un compte chez nous. Ca fait un bail qu’elle ne vient plus. Elle est où?

– Elle n’habite plus ici. Maintenant elle est à Akwa (le quartier des affaires. Les appartements y sont accessibles seulement aux nantis). Son Blanc que tu vois sur la photo est ici actuellement. Il est venu la voir et d’ici quelques mois, elle se mariera avec lui et partira pour l’Europe. (J’en reste baba, mais ce n’était pas fini ). Tu te souviens aussi de Dady notre ami…

– Oui…

– Il est tombé sur une espagnole qui est aussi au Cameroun actuellement. Une jolie petite femme. Elle est venue tout spécialement pour lui et elle va passer les fêtes de fin d’année ici. Elle me fait rire, c’est la première fois qu’elle vient en Afrique et elle a peur de tout. (J’en tombe à la renverse). Et tu vois ma petite soeur non? Elle s’est mariée il y a quelques semaines avec un canadien qu’elle a rencontré sur le Net! Elle aussi est sur le départ. Donc, quand je te demande de venir voir les problèmes de ma webcam et que tu frimes, sache que c’est un gros manque à gagner pour moi. J’ai un italien et un belge dans l’oeil desquels j’ai tapé. Depuis ils ne me voient pas et sont désemparés. »

Je suis sur le fion! Finalement, il y a de grands enjeux qui se trament à quelques mètres de moi chaque jour et je peux même pas en mesurer le portée! Moi qui les trouvais assez sottes ces ingénues qui s’enferment dans les box privés, à l’abri de toute indiscrétion. Chaque fois que ces grandes rêveuses m’interpelaient pour une difficulté, je ne manquais jamais d’afficher un petit sourire narquois lorsque je voyais affichées sur l’écran de multiples fenêtres de conversation qui tentaient tant bien que mal de cacher l’image d’un tronc blanc bedonnant, poilu et mouvant.

Les filles, je reconnais vous avoir en tous temps découragé à entreprendre des relations par écrans interposés. Je vous ai dit que rien ne garantissait que toutes les fleurs qu’on vous contait étaient réelles. Je vous ai démontré que les petites africaines que les belles lumières occidentales attiraient n’étaient vouées qu’à un funeste sort, que la vie était trop belle ici pour aller vous faire avilir quelque part en Europe. L’avais-je dit? Je me dédis!

Les filles, le créneau est encore porteur! Je ne peux que vous pousser, vous encourager, vous haranguer à emprunter ce chemin. Il est facile? C’est encore mieux! On éprouve tellement de difficultés à obtenir certaines choses dans la vie que lorsque pour une fois c’est facile, il ne faut surtout pas se gêner. L’argent avec lequel vous achetez le temps de connexion pour dialoguer avec des personnes que vous ne connaissez ni d’Adam, ni d’Eve est durement gagné par celui qui se croit votre fiancé, à coups de braqué sur les motos, à force de cris qu’oblige la vente à la sauvette, ou au bout des intenses efforts physiques dont il a besoin pour son métier de portefaix, le tout sous l’écrasante étuve chauffée à blanc par les ardeurs de notre soleil équatorial? ce n’est pas si grave. Dites vous juste que c’est un risque calculé. Le retour sur investissement (quand il y en a) peut être démultiplié à l’infini. Il pourra se montrer compréhensif à la fin et accepter les quelques euros que vous lui donnerez dans l’aérogare en guise de compensation. Il pourra aussi ne vouloir rien entendre et là ce sera encore mieux. Vous garderez tout pour vous seule. Sortir de nos masures, déménager pour un appartement cossu dans les beaux quartiers de la ville, puis s’envoler vers le paradis Occidental n’a pas de prix.

Moi de mon côté, je vais revoir les conditions d’accès à mon cybercafé. Les capacités d’accueil seront augmentées. Et il y a autre chose qui va changer: il faudra désormais payer une redevance spéciale quand ça mordra. Vous ne viendrez plus ici me faire bouillonner les méninges pour que je vous aide à avancer sur des sites dont je n’aurai jamais soupçonné l’existence si vous l’aviez voulu, tout ça pour même pas un kopeck. Il faudra que je puisse percevoir ma cote-part. Je ne vais plus seulement constater votre disparition après m’avoir hanté pendant des mois, pour qu’on me dise longtemps après que vous avez déjà trouvé le « bonheur » aux bras de votre Blanc!

Et si mes arguments vous semblent insuffisants, ce clip vidéo aux paroles percutantes normalement devrait finir de vous convaincre.

[youtube i7v0iEwr1QI 450 300]

 

Par René Jackson

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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3 thoughts on “Les filles, Internet peut encore nous sauver!

  1. C’est bien vrai que le fillon est porteur mais je ne sais pas s’il est prudent d’encourager ce genre de choses. En fait j’ai trop souvent entendu les mesaventures des personnes victimes d’un proxenete qui utilise ces sites de rencontre pour recruter ses « travailleuses ». La derniere en date c’etait une camerounaise de 28 ans qui s’est envolee pour la France apres que « son Blanc » soit venu la chercher pour convoler en juste noces. Mais quelle ne fut pas sa deception et son horreur quand, quelques jours apres son arrivee, elle s’est vue confisquee son passeport et se faire attribuer une chambre ou elle devait recevoir ses clients. Donc aussi vrai que les histoires d’amour existe, il ne faut pas se laisser tomber betement dans ce piege.

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