Le cinquième pouvoir et les camerounaises

A l’aune des récentes évolutions de l’actualité, je me suis posé la question de savoir si les africains en général et les camerounais en particulier ont pu faire rentrer dans leurs mœurs l’usage courant d’Internet. Un simple coup d’œil permet de répondre de façon affirmative à cette interrogation. Il n’y a qu’à voir le nombre de FAI* (quatre officiels), les nombreux sous-traitants, le nombre de cybercafés qui naissent dans les villes et le matraquage publicitaire que nous subissons au jour le jour pour en avoir une idée. En plus, à tous les coins de rue, même des enfants et des personnes manifestement illettrées en connaissent un rayon. Mais tous ces gens ont-ils réellement conscience des multiples potentialités qu’offre cet instrument, de la puissance que sa maîtrise confère ? La réponse ici semble plutôt négative. Pourtant, l’Internet est en passe de devenir rien de moins que le cinquième pouvoir (après l’exécutif, le législatif, le parlementaire et la presse).

Comme d’habitude, il a fallu que soient plutôt mises en avant les bassesses que rendait possibles Internet. Le grand public au Cameroun a découvert cet outil, non pas par la promotion qu’on en faisait, mais plutôt par la dimension nouvelle que les histoires de mœurs y prenaient. Il était alors bien plus question des histoires de filles qui vont chercher leur « vieux blanc » et des garçons qui traquaient les veuves occidentales à épouser que des nouvelles capacités d’instruction que le Web pouvait pourvoir. De nombreuses  réputations ont été ternies par la simple expression : « on a vu Untel sur Internet », des femmes se sont ôté la vie parce que des photos assez osées d’elles déposées sur un quelconque site de rencontres ont été imprimées et placardées un peu partout dans les quartiers qu’elles habitaient. Ce qui fait que d’emblée, pour beaucoup de  camerounais, Internet a pour corollaire infidélité, mensonge, recherche du bonheur facile…

Une chose est à relever : au Cameroun, un cybercafé qui n’est pas doté de box privés équipés de webcams et de casques n’aura pratiquement pas de clientèle féminine, en dehors de quelques exceptions. Et ayant longtemps été tenancier de cybercafé, j’ai vu entrer dans ces box de bien belles (le faux jeu de mots ici est permis): des jeunes femmes à l’accoutrement si scandaleux qu’il ne laissait point de doute sur ce qui allait s’y passer, des fausses pudiques qui malencontreusement sortaient un string de leur sac au lieu de leur porte-monnaie au moment de passer à la caisse. Nombre de fois j’ai dû ramasser des sous-vêtements abjects, nettoyer des traces de liquide suspectes sur les sièges et par terre… Nombre de fois, lors des travaux de maintenance,  j’ai débusqué dans un coin des ordinateurs (et admiré avec quelquefois un bonheur un chouïa malsain) les photos  ou les vidéos capturées à l’aide de la webcam, qui dévoilaient merveilles que dissimulaient sous leurs vêtements les  jolies et prudes nymphettes qui avaient l’habitude de déambuler devant moi… Nombre de fois, j’ai été l’inconfortable témoin de conversations à la substance tellement explicite et si éhontées qu’elles suscitaient soit les railleries des autres clients, soit leur agacement et qui provoquaient chez moi une certaine gêne.  Ainsi, une fille qui est réputée comme étant une adepte des cybercafés trouve sa côte sérieusement ébranlée dans son entourage, certaines ont donc trouvé la parade : avoir un abonnement dans des cybercafés disséminés un peu partout quelles fréquentent en alternance pour ne pas se faire remarquer.

Mais c’est toutefois réducteur de considérer les choses seulement ainsi : j’ai aussi de nombreuses fois eu des clientes assidues qui venaient pour des raisons très nobles (des étudiantes qui étaient là pour des recherches académiques, des femmes qui utilisaient Internet pour discuter avec leur progéniture expatriée, certaines autres qui s’en servaient uniquement à des fins professionnelles, etc.). Et force est de constater que le nombre de cette catégorie-ci de femmes est bien plus élevé qu’autrefois tandis que celui des aventurières connaît une baisse sensible. Peut-être échaudées qu’elles ont été par les récits funestes largement diffusées ici à la radio, à la télévision où dans la presse des filles qui sont parties tous sourires vers l’eldorado européen et qui nous ont fait parvenir ici des histoires ahurissantes concernant le traitement inhumain que leurs « princes charmants » européens leur administrait (on parle ici de prostitution, de pratiques sexuelles vraiment étranges, de trafic de personnes ou d’organes, de drogue, de tortures…) La filière de la-vieille-blanche-qui-va-se-faire-plumer s’était soudain muée en celle du gentil-occidental-qui-vous-attire-pour-vous-extraire-toute-votre-substance.

Une note pour les dames qui lisent ce billet : je ne noircis que le tableau des femmes n’est ce pas ? Ce n’est surtout pas par misogynie, je tiens à le préciser. Ce que je dis là-haut vaut aussi souvent pour les hommes. En effet, je me rappelle toujours avec une pointe de dégoût de cet homme proche de la quarantaine qui m’avait donné à scanner des photos de lui dans le plus simple appareil. Ensuite, il a fallu que je l’aide à les télécharger sur un site internet gay… Et pour tout le monde, je ne veux pas faire comprendre ici que les camerounais ne sont que des pervers qui utilisent le net essentiellement pour assouvir leurs pulsions libidinales et/ou sentimentales. Non. Le visionnage des vidéos sur Youtube, l’utilisation des réseaux sociaux –Facebook et hi5 notamment, les messageries instantanées, la recherche de l’information, les formations à distance et l’écoute des émissions en streaming sont de plus en plus répandus dans les usages faits d’Internet. Sans oublier bien entendu le téléchargement – pas encore contrôlé ici – de la musique sur le Web.

*Fournisseur d’Accès Internet.

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
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One thought on “Le cinquième pouvoir et les camerounaises

  1. internet n’est pas le cinquième pouvoir après le législatif l’exécutif le parlementraire et les médias comme vous prétendez! renseignez et enseignez vous! c’est après le politique; l’économique , le réligieux et culturel enfin les médias
    merci

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