Le banquet de noces à la camerounaise

S’il y a une théorie qui s’est bel et bien vérifiée à travers les âges, c’est celle-ci : les célibataires invétérés (c’est-à-dire nous) aiment les mariages plus que toutes les autres catégories de la société. Pas parce qu’on aime la fête, non. Mais parce que le célibat est une situation pas trop mal qu’on souhaite perpétuer. Il faut donc qu’on trouve des raisons de résister aux coups de boutoir de la famille et des amis qui n’ont de cesse de te demander : « Mais tu te maries quand, toi? Tu veux seulement manger pour les gens, tu vas nous faire manger quand? »
Si nous les célibataires aimons autant les mariages, ce n’est pas parce qu’on compte courser les filles d’honneur pour finir dans les chambres d’hôtel. Parce que, conseil, il ne faut jamais draguer une fille d’honneur au mariage à Douala. Parce que si elle n’est pas mariée, son petit copain n’est cependant pas loin. Mais en général, on se met en mode « pécho » et on réussit sans difficulté à détecter les proies seules, abandonnées aux quatre vents.
Donc si on aime autant les mariages, c’est parce qu’on cherche une raison de perpétuer notre douce situation de célibataire. Avec la cible d’un soir. Et un peu plus si affinités. Juste un peu plus. Il n’est pas question de venir y trouver ce qu’on voulait éviter. Et l’une des raisons de perpétuer cette situation enviable de celui qui ne gère que sa seule personne, c’est de voir qu’il est possible pour autant de francs CFA de s’évaporer en si peu de temps. Le temps d’une soirée. Sous forme d’agapes et de breuvages divers.
Les banquets de mariage, c’est la partie visible d’un immense iceberg d’argent. Parce qu’avant d’en arriver là, il a fallu aller voir les parents de la fille, puis aller voir ses oncles et tantes (et pas les mains vides). Après il a fallu aller la doter. Dans certaines tribus, la dot réclamée au garçon est scandaleuse. Et après le mariage, puisque « la dot ne finit jamais », il ne faut pas commettre le sacrilège d’aller chez ton beau-père sans un petit (ou plutôt gros) quelque chose. Et tu dois devoir te coltiner la clique de beaux-frères pour qui tu n’es qu’une vache à lait. Si si, les mêmes qui te traiteront de pauvre type quand ils t’auront asséché.
On s’éloigne du sujet. Les banquets de mariage, c’est toute une affaire. Ils permettent de rencontrer des personnages éclectiques. Petite revue des troupes.
La fille, commençons par elle. En fait, je l’ai déjà repérée (vous comprendrez que je suis en train de rédiger ce billet en plein dans un repas de mariage, mon premier article en live. La technologie a quand même du bon). Donc, la fille, elle, vient de faire dix tours devant moi, sans aucune raison. Donc c’est moi qui l’intéresse (se mettre à l’esprit qu’on est le plus séduisant de tous). Elle est plutôt jolie. Elle a mis une de ces robes longues. Mais tu n’as aucune difficulté à l’imaginer sans. Et ce que ton cerveau te montre te plaît. Cible verrouillée. Reste maintenant à trouver l’angle d’attaque, la phrase qui tue. Affaire à suivre.
Le deuxième personnage est ce bonhomme qui me connaît et que je ne connais pas. Cet individu ne manque jamais à ce type de réunion. « Quand je t’avais vu la dernière fois, tu étais haut comme trois pommes. Tu ne peux pas te rappeler de moi (et pour cause). Tu as grandi hein ! (Tiens donc!). Tu fais quoi maintenant ? (Je suis un esprit brillant au chômage). Souvent, on te demande : « Tu ne le connais pas? Incroyable ! « . Non, je ne le connais pas. Mais cet individu c’est aussi moi devant cette fillette qui avait osé me demander il y a quelques mois : « Tonton, tu me lis une histoire avant de dormir? » lors de l’une de mes nuits parisiennes. J’ai failli lui répondre comme on répond aux enfants à Douala : « Mouf, va te coucher! Celles à qui je raconte des histoires avant de dormir ont vingt ans de plus que toi et portent une nuisette et rien en dessous ». Mais j’ai calmé mes esprits barbares. J’ai attendu qu’elle tombe de sommeil. La petite, cette même petite vient de me dire qu’elle ne me connaît pas ! Diantre !
L’autre personnage c’est ce type assis à côté de moi et qui me lance des regards et qui se demande sûrement ce que je fais à tapoter sur un écran depuis une heure de temps. Lui il m’énerve. Il passe son temps à aller et venir. Et chaque fois qu’il va et il vient, il faut que je me lève pour le laisser passer.
Il n’est pas le seul à me porter sur les nerfs. Cet autre type a qui on a donné le micro et qui a entrepris de rédiger l’épitaphe : « Ci-gît la langue française ». Il démonte proprement cette langue chérie à coup de « je la dis que » et de « il faut le donner ça ». Mes oreilles saignent. Stop, de grâce! La curieuse remarque c’est que ces gens qui perpètrent ces attentats contre la langue refusent de lâcher le micro une fois qu’ils le tiennent. Sauf une fois. Quand ils le passent à celui qui est chargé de faire la prière. Sauf que celui qui effectue cette prière semble vouloir faire descendre le Saint-Esprit dare-dare, tant c’est long!
Il y a cette dame, tu as ressenti comme un coup de poing dans le bide quand tu as vu son plat. Surtout que ta table sera la dernière à parvenir au buffet. Tous les mets se bousculent dans son assiette. Le tout doit culminer à quinze bons centimètres de la base de son plat. Si tout le monde se sert comme elle, il va falloir espérer qu’il y ait une boulangerie encore ouverte à cette heure avancée de la nuit dans le coin. Le plus malheureux dans l’histoire c’est qu’en fin de compte elle a ôté seulement cinq sur ces quinze centimètres. Il y a des gens qui ont des yeux plus grands que le ventre.
La tradition dans les soirées de noces est d’inviter un amuseur public. Il faut avouer que celui-ci est plutôt bon. Il a fait rire les gens. Pas comme ces autres qui se contentent de remixer des blagues mille fois entendues. Ça me rappelle cet autre mariage où les amuseurs avaient été originaux. Ils n’avaient pas dit un mot. Ils s’étaient contentés de mettre en scène le couple présidentiel. Et pour qui connaît notre première dame, il n’est pas compliqué d’imaginer l’hilarité qu’ils ont provoquée.
Il y a moi qui commence à ressentir les effets du vin et qui ne répondrai pas de ce qui suit.
Parlant de l’ivresse, il y a ce vieux monsieur, tout bedonnant, qui a manifestement pris le verre de trop, qui essaie de trousser toutes les robes qui passent dans le rayon d’action de ses mains. Une dame outrée, fatiguée de lui demander de se calmer, est allée appeler le vigile qui l’a éjecté manu militari de la salle, sous le regard honteux de sa femme qui fait semblant de ne pas le connaître. Le retour à la maison ne sera pas de tout repos pour tout le monde.
J’ai failli oublier cette jeune personne de sexe masculin. Celui qui fait le joli cœur avec toutes les filles. Et particulièrement à celle que je vise. Il se croit tout beau avec ce ridicule nœud papillon. Tu ne perds rien à attendre, mon petit.
Maintenant je me fais harceler par un photographe. J’ai vu un flash crépiter au moment même ou j’ai mis les pieds dans cette salle. C’était lui qui me prenait en photo. Non content de m’avoir pris dans mon mauvais profil, il me demande de payer pour un travail que je ne lui ai pas demandé d’effectuer. Un travail mal fait par ailleurs. Non, merci monsieur.
Non mais j’aime les mariages! C’est l’endroit par excellence pour admirer les femmes dans leur plus belle toilette. Un vrai délice pour les yeux. C’est un spectacle indescriptible. Quelqu’un avait dit que la femme est la septième merveille du monde. Je ne suis pas très loin de lui donner raison. Et je ne suis manifestement pas la seule âme esseulée à la recherche d’une autre tout aussi esseulée. Je n’expliquerai pas autrement la situation de celle qui est en train de se trémousser juste devant moi. Vu la façon dont elle est habillée, un compagnon normalement constitué ne l’aurait jamais laissé sortir.
Bagarre à la porte. Quelqu’un tente d’entrer par effraction. Une fête ne serait pas une fête digne de ce nom sans les tioristes, les « je-m’invite ». Ces gens qui ne connaissent ni de près, ni de loin les mariés, qui n’ont reçu aucune invitation. Et qui, sous le fallacieux prétexte que c’est leur quartier ou qu’on leur a dit qu’il se passait quelque chose, s’arrogent le droit de se pointer là pour profiter du banquet qui ne nous suffit même pas à nous qui avons remué ciel et terre pour faire un cadeau. Calmez-vous et attendez trois heures du matin.
J’ai failli oublier les acteurs principaux. Ceux dont l’amour réciproque est à l’origine de tout. Et mes pensées vont surtout à l’endroit du nouveau mari. Et je lui dis bravo. Bravo et merci de nous avoir fait engloutir l’équivalent d’une parcelle de terrain, d’une voiture neuve ou de trois ans d’un salaire. Bravo pour ton courage. Il en faut pour tout ça. Et je te remercie aussi du fond du cœur d’avoir permis que je rencontre cette beauté qui me provoque depuis le début de la soirée. Je ne sais pas qui de ton épouse ou toi l’a invitée, mais l’humanité vous en sera éternellement reconnaissante. Et moi je penserai à vous cette nuit, quand elle et moi on se retrouvera là où vous pouvez imaginer!
Je crois que je n’ai oublié personne. Moi je vais danser.
PS : Les gars, ne vous laissez pas influencer par la taille des filles lors de ce genre de soirée. Elles mesurent en réalité dix ou quinze centimètres de moins.
 
René Jackson
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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
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3 thoughts on “Le banquet de noces à la camerounaise

  1. Mais qui vous a même dit que c’est toujours l’homme qui paie tout le banquet? Et puis si on maltraite la belle-famille, c’est soit qu’on est seul et aigri, soit qu’on a été maltraité aussi par la nôtre.

    Très bel article comme d’habitude. Je vais bientôt à n mariage, ça me donne des idées d’écriture.

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