From France With Love

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Théâtre du Rond-Point, Paris – Photo: René Jackson Nkowa

Moi je ris. Je beaucoup même depuis quelques semaines. Ce qui me fait autant rire ce sont les nouveaux surnoms dont j’ai hérité. Le premier m’a été affublé par quelqu’un qui se reconnaîtra très bien. Puisque pour lui, je suis désormais Le Président. Un président au moins aussi vide des poches maintenant qu’auparavant. Chassez le naturel, il revient en avion, m’a-t-il répondu. J’ai sacrifié aux libations de houblons qu’obligent le statut de mbenguétaire, si lourd à porter. Je n’ai plus rien, ils m’ont ruiné. Pour ceux qui n’ont pas bu la bière, j’ai au moins des souvenirs. Finalement, c’est cela le plus précieux. Et des grands moments, j’en ai vécus. Mais pas forcément ceux auxquels je m’attendais.

 

Bisbilles avec la meilleure cuisine du monde

Je peux comprendre ceux qui font certains classements : celui des plus riches, celui des plus pauvres, celui des plus corrompus, etc. Mais quant à ce qui concerne les goûts culinaires, ceux qui font les classements doivent sûrement se tromper quelque part. Tout le monde est presque d’accord sur le fait que la France a la meilleure gastronomie au monde. Soit. Mais personnellement, je n’en garde pas que de bons souvenirs. Dîner de gala : on m’a servi une entrée, un dessert et ce qui s’intercale entre les deux. Je n’y ai rien compris. Mais puisque je m’étais mis en mode omnivore, j’ai consciencieusement avalé tout ce qu’on me présentait.

Heureusement, j’ai vécu quelques rapatriements culinaires. Comme ce soir où je suis tombé sur ce plat de riz à la sauce d’arachides en plein Nice. Ou cet après-midi parisien où je me suis gavé de ndolè avec des bâtons de manioc. La meilleure cuisine du monde est camerounaise. Elle est abondamment épicée, noyée sous des lipides, mais elle est la meilleure. Je l’ai déjà démontré ici. Et après avoir été soumis à l’épreuve des faits, je le réaffirme.

La cuisine libanaise n’est pas mal non plus. Mais ça c’est un autre débat.

 

Gap culturel

Tout se passe ce fameux soir où j’ai été invité au théâtre ! Oui oui, au théâtre ! Un grand n’est pas un petit. J’ai été émerveillé (et c’est peu de le dire) par l’histoire de ce patron tombé amoureux d’une inconnue qu’il côtoyait tous les jours, puisque c’était sa nouvelle employée. « Alors, René, ça te plaît ? » Moi : « Oui, ça me plaît beaucoup ». Sauf que je n’étais pas loin d’être le seul qui trouvait ça bien. Pourquoi ? Parce qu’à un moment donné, un long ricanement manifestement moqueur s’est fait entendre du fond de la salle. Et que dans les commentaires par la suite, les avis étaient loin d’être élogieux.

A la suite il y a eu un dîner. Les présentations ont été faites. « Tu connais Cécile de France ? C’est elle, là. C’est une grande célébrité ici en France » Moi : « Aaah ! » « Et cette dame en face, c’est une vedette du théâtre, elle est depuis très longtemps dans le milieu. Elle est aussi très connue ». A chaque pays, ses stars. La France a Cécile de France, le Cameroun a Coco Argentée.

Ce dîner fut le seul moment de tout mon séjour chez les gaulois pendant lequel je me suis senti différent. Il faut dire que, sur les neuf personnes qui entouraient la table, j’étais le seul Noir. Noir et même pas français ! J’ai longtemps ri intérieurement quand je me suis rendu compte de la situation. Surtout que la serveuse, tout aussi Noire que moi ne cessait de me lancer des regards curieux.

La conversation avait depuis longtemps dérivé sur des sujets très éloignés de mes préoccupations quotidiennes. Mais je ne m’en étais pas formalisé. J’avais d’autres problèmes. J’avais en face de moi un beau morceau de bœuf rôti qui avait besoin de tout mon amour. La cuisine de France n’est pas si mauvaise, en fin de compte.

Conversation censurée

Il fallait trouver une place de parking proche de la boîte de nuit où nous devions aller mettre le feu à quelques euros. Heureusement, nous en avons trouvée une. Quand nous sommes descendus de l’auto, on a failli être cueillis par des objets qui tombaient d’un balcon. C’était une femme qui les lançait. On était prêts à s’en offusquer, mais un homme qui passait par là en a fait une affaire personnelle.

« Mais qu’est-ce qui te prend de jeter des trucs comme ça ?

–  Est-ce que ça t’a touché ? Alors de quoi tu te mêles ?

– T’es qui pour me parler comme ça sale c*** ? Tu balances des trucs de ton balcon et tu trouves ça normal ? Bor*** !

– Hé ! Ho ! M’insulte pas enc*** de fils de p*** !

– Ferme ta gue*** ! Tu la ramènes parce que tu es là haut ? Descends un peu ici qu’on s’explique, pouf***** ! Sale p***, suceuse de b***! »

On les a laissés là. Le langage des français sait être fleuri quand il veut. Mais je me suis tout de même posé une question : pourquoi censure-t-on dans les médias – français – des termes qui sont rentrés dans les mœurs, puisqu’on les utilise tous les jours ? Mais mer** !

RATP, je t’aime. Moi non plus

La RATP c’est le réseau parisien des transports publics. C’est cette société qui gère les bus, le métro, le RER et j’en passe. Pour moi, le plus compliqué, c’est quand il fallait prendre le métro. Comme ce jour où j’avais rendez-vous au sud-ouest de la ville. J’en ai pris un qui m’a amené à l’opposé, c’est-à-dire à l’est. J’ai dû retraverser la ville en bus d’abord, pour finir le trajet en taxi. Ce jour-là j’ai détesté Paris.

Curieusement, le lendemain matin, je me fais aborder par une femme qui tenait un micro et son collègue caméraman. Ils faisaient une enquête sur la satisfaction des clients de la… RATP. J’ai accepté de bon gré de me soumettre à leurs questions. Et je n’en ai dit que des gentillesses. Oui, j’étais un client heureux, le service est plus qu’acceptable, les indications sont claires et précises. Oui, le passe Navigo est l’invention du siècle. Oui, l’application pour smartphones et tablettes est géniale. Seul bémol, il faut penser à offrir un café à chaque passager. Quand ce fut fini, j’ai apposé ma signature sur un papier qui leur donnait le droit d’utiliser mon image et ils sont repartis guillerets.

Hep, taxi !

En France, taxi rime avec traumatisme ! Et l’objet du tourment est le compteur que le chauffeur enclenche quand il démarre. Il est muni d’un afficheur qui te montre en temps réel les fortunes que tu perds à chaque tour de roue. Le dernier que j’ai emprunté m’a coûté en trente minutes de parcours – embouteillages compris –  l’équivalent de huit voyages en aller et retour en autobus entre Douala et Yaoundé. Une véritable saignée. J’en ai presque eu les larmes aux yeux.

Anglais escamoté

Le Cameroun est un pays bilingue. Et j’ai toujours considéré que ma pratique du bilinguisme était la meilleure, puisque par habitude, quand je me retrouve avec un anglophone, je lui parle en français, lui en anglais. Et on se comprend. Mais je me suis rendu compte des limites de ma théorie quand je me suis retrouvé dans cette classe de SciencesPo, face à des étudiants à qui il fallait s’adresser en anglais. Shakespeare a dû se retourner dans sa tombe. Mais comme on dit souvent, mouillé c’est mouillé. Il n’y a pas de mouillé sec. J’ai pris un réel plaisir à réveiller la partie anglophone de ma personnalité pour ce qui fut tout de même le plus grand moment de tout mon séjour en France.

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson

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7 thoughts on “From France With Love

  1. Mon mbenguiste afritude ne connait pas Cécile de France? Tu peux méconnaître beaucoup de vedettes françaises mais pas les filles canon, ça ne s’explique pas! lol

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