Douala en mode fêtes de fin d’année

 

 

La fête est finie. Enfin, pourrait-on dire. S’il est une période de l’année qu’on prépare pendant plusieurs semaines à l’avance, c’est bien les fêtes de fin d’année. Un moment spécial qui pour beaucoup permet de clore en beauté une année pas toujours guillerette. A Douala, il y a des petites choses qui ne changent pas, parmi lesquelles on peut citer le grand deuil suite aux génocides perpétrés dans les basse-cours et les porcheries (toutes les demeures mettent un point d’honneur à mettre de la volaille au menu lors de ces jours fastes), l’impression que le nombre des moins de 15 ans s’est démultiplié, les fêtes (et donc le bruit) un peu partout, les joyeux noël et les bonne année qui remplacent les usuels bonjour, bonsoir, bon après-midi et j’en passe. Mais comme toute chose, le cru 2011 a eu quelques petites particularités.

 

 

Embouteillages:

Pendant les dernières semaines de l’année, partir d’un point à un autre de la ville, quelle que soit l’heure, relevait du véritable parcours du combattant. Les embouteillages qui d’habitude s’étendent de 16 heures à 21 heures se prolongeaient parfois jusqu’à minuit sur certains axes. Conséquence presque immédiate, les taxis et les motos-taxis ont revu les tarifs à la hausse, au grand dam des personnes qui souhaitaient se déplacer. La frénésie est souvent palpable pendant les périodes de fêtes de fin d’année, mais cette fois, elle a vraiment été ressentie.

 

Belle ville:

Dire que la ville de Douala se pare de ses plus beaux atours pour les fêtes d’année serait un petit mensonge. Les mauvaises routes le restent, les eaux en putréfaction le restent, si elles ne sont pas aggravées par les déchets issus de la fièvre de consommer qui s’empare de bien de gens pendant cette période. Ce qui change, ce sont les petites illuminations qui jalonnent (de façon famélique, il faut bien se l’avouer) les principales artères de la ville. Ce qui change, ce sont les places et monuments – terreaux habituels d’agresseurs et fumeurs de chanvre de tout poil, en temps normal véritables zones de non droit dans lesquels il vaudrait mieux ne pas s’aventurer une fois la nuit tombée – se retrouvent badigeonnés de peinture et de chaux, puis éclairés de puissantes lampes halogènes pendant la nuit. Ce qui change, c’est que l’éclairage des rues fonctionne. Les rares artères disposant encore des lampadaires brillent de mille feux pendant la nuit, nous faisant un pied de nez à nous qui pensions ces dispositifs morts. Preuve nous est faite qu’en réalité, ces lampadaires ne sont pas en panne, mais juste éteints. Question posée: à quoi servent réellement ces lampadaires? A améliorer la sécurité des biens et des personnes empruntant ces routes ou ne sont-ils que des guirlandes de noël comme celles de nos maisons que l’on ressort seulement pour les fêtes?


Shows et puces:

La fin de l’année est généralement réputée comme étant le moment de l’année pendant lequel les vedettes du show biz font de grandes affaires. Habituellement, la majeure partie des albums des artistes camerounais sortent en fin d’année. Il y a eu une petite exception notable cette fois  car on peut dire qu’il y a eu un vrai déferlement de stars sur la cité pendant les dernières semaines de l’année 2011. Le rappeur français La Fouine, dans le cadre de son Kamer Fouiny Tour a fait escale à Douala le 21 décembre. Auparavant, le groupe – français aussi – Sexion d’Assaut prenait d’assaut la Maison du Parti de la ville pour un spectacle qui est rentré dans les annales. En point d’orgue, s’est tenu le 22 décembre un concert géant dans le plus grand stade de la ville et qui a fait le plein d’oeuf. Il faut dire que le menu était de taille, car sur le podium devaient se succéder X-Maleya (un groupe camerounais qui fait actuellement fureur), Patience Dabany (que tout le monde appelle affectueusement La Maman et qui serait entre autres la génitrice de l’actuel président de la république du Gabon) et Petit Pays (le musicien camerounais le plus populaire dans le pays durant ces 20 dernières années et qui est pratiquement imbattable), lequel, fidèle à ses excentricités, fit son apparition sur la scène émergeant d’un cercueil blanc. Il faut préciser que ce dernier spectacle était organisé par le footballeur camerounais Samuel Eto’o Fils qui voulait en faire la cérémonie de lancement de sa toute nouvelle société de téléphonie mobile SET mobile. Ainsi, chaque spectateur présent au concert, ayant déboursé 1000 francs pour le ticket, recevait une puce téléphonique qui lui donnait droit à 2000 francs de crédit de communication et à 50 SMS gratuits.

 

Escarmouches:

Après toute bonne fête, on fait les comptes: nombre de couverts endommagés, quantité de lessive à acheter pour le nettoyage, erreurs à ne plus commettre… Les fêtes de fin d’années qui viennent de passer n’ont pas dérogé à la règle, avec leur lot d’accidents de la circulation, de beuveries ayant mal tourné, de bagarres en pleine rue, d’indigestions alimentaires… Mais un fait divers banal pour cette période met la ville sous tension depuis quelques jours. Le 30 décembre au matin, un jeune homme rentrant d’une nuit apparemment bien arrosée, se fait agresser au niveau du quartier Deido par deux individus sur une moto. Il décède de suite de ses blessures. Les habitants du coin déclarent que les motos-taximen sont désormais des persona non grata dans le secteur, faisant la chasse aux contrevenants et procédant à la destruction pure et simple des engins saisis. Malgré un déploiement de grande envergure des forces du maintien de l’ordre, les conducteurs de moto décident d’organiser une descente musclée pour punir ces habitants irrespectueux, deux d’entre eux sont tués dans les échauffourées, des motos sont incendiées ainsi que certaines voitures, de même qu’une maison . Le quartier se retrouve bloqué, créant des désagréments énormes sur la circulation, car certaines des principales artères de la ville passent par là. Depuis, on assiste à des scènes de guérilla urbaine autour de gendarmes et militaires visiblement dépassés. Pour ma part, les conducteurs de taxi-motos ont mal réagi. Ils devaient plutôt prendre les gens de Deido au mot et décider que plus aucune moto ne desservirait le quartier. Ceux-là reviendraient immanquablement à de meilleurs sentiments quand, pendant plusieurs jours, ils auraient vaqué à leurs occupations à pieds, n’ayant pu trouver aucun moyen de transport.

 

Prière de libérer les lieux:

Le super-maire de la ville avait cru bon devoir procéder au déguerpissement des commerçants qui encombraient les rues à proximité du Marché Central de Douala. Ayant engagé de grands travaux de réhabilitation de la voirie urbaine, il a décidé que les vendeurs à la sauvette devaient libérer les lieux sur les plus brefs délais. En réponse, les concernés ont opposé une fin de non recevoir. Car, pourquoi est-ce le Délégué du gouvernement attend-t-il l’approche de la période des fêtes (et des plus grosses affaires) pour vouloir procéder à ce déguerpissement? Il était hors de question que cela se passe ainsi. Le bras de fer a été remporté par les commerçants hors-la-loi. On l’a su quand, ô surprise, le super-maire a rendu public un communiqué dans lequel entre autres il adressait des excuses aux commerçants courroucés. Mais il s’est tout de même repris en sommant ces individus de libérer non seulement les rues environnant le Marché Central après les fêtes, mais aussi le carrefour Ndokoti (le plus grand de la ville, lui aussi anarchiquement occupé par des commerçants). Dans un contexte où il existe une peur constante du soulèvement et avec les évènements actuels de Deido, il existe ma foi de nombreux doutes quant à la mise en oeuvre de cette décision. Mais bon, ceci n’engage que moi.

 

Par René Jackson

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René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

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