Le Cameroun, ce pays où on mange si bien…

Ndolè - Plantain mûr - Bâtons de manioc
Ndolè – Plantain mûr – Bâtons de manioc

La semaine dernière a été l’une des plus particulières de ma petite carrière de blogueur. D’un côté, ça a été très dur car j’ai publié un billet dans lequel j’ai eu l’outrecuidance de comparer la ville de Dakar à celle de Douala. En soulignant les petitesses de ma ville de naissance. Et c’est peu dire que les lecteurs ne m’ont pas loupé. Ils m’ont taillé comme jamais je le fus. Mais de l’autre côté, la semaine a été spéciale car j’ai pu pour la première fois rencontré des lecteurs de mon blog. Ils ont aimé mon travail au point de chercher à mettre une voix et une gestuelle sur ce qu’ils ont l’habitude de lire (bien le bonjour  Yann et mes compliments à ta dame).  Pour ce faire, ils m’ont invité dans un restaurant de la ville, dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler avant ce jour-là. Ce restaurant devait forcément être huppé, car il est situé dans un quartier cossu de la ville. Et mes soupçons se sont vérifiés car le cadre était chic, très européen.

 

Quand nous nous sommes installés, on nous a présenté la carte des menus et là, je suis forcé de faire un aveu. Aveu humiliant, peut-être, mais qui se doit d’être fait : mon hôte m’a bien fait comprendre que je pouvais prendre tout ce que je voulais mais deux choses m’ont rebuté. Les prix bien sûr que je trouvais indécents, mais aussi et surtout les noms des plats. Je n’en connaissais aucun ! C’est quoi une fricassée de pommes aux anchois ? Étant dans la crainte choisir un truc que je risquais de ne pas aimer, je me suis limité à une boisson gazeuse.  Je suis habitué à des choses plus simples, moi ! Chez nous, on dit qu’il ne faut pas surprendre son organisme. Ces noms de plats m’ont clairement fait comprendre que  risquais un choc anaphylactique si j’y goûtais.

Donc, j’ai évité. Mais question bouffe, le Cameroun est immensément riche. Là-dessus il n’y a rien à dire. Désolé, Dakar, j’ai aimé énormément de choses chez toi, mais pour le bon vivant camerounais que je suis, manger du riz deux fois par jour pendant une semaine était une vraie torture.  A Douala, on a plus que l’embarras du choix. La preuve.

Les beignets-haricot-bouillie : l’un de nos fondamentaux. Quel camerounais digne de ce nom n’a pas été nourri au beignet de la pâte de farine ayant mariné dans de l’huile bien chaude, accompagné de graines de haricots épicées et de bouillie de maïs ? Quand tu te lestes comme ça le matin avant d’aller au travail ou à l’école, tu es bon pour toute la journée. Ces histoires de lait, de bol de chocolat et de tartine au petit matin, ça ne te forge pas une personne robuste.

Le sauveur : c’est le Lionel Messi des camerounais. Encore plus important qu’Eto’o Fils à la survie de la nation. C’est une sorte de Robin des bois, dernier recours du pauvre, de la veuve et de l’orphelin. Lui c’est le très humble tapioca. La tubercule de manioc écrasée, frite et séchée donne cette poudre aux gros grains qui, avec un peu d’eau et de sucre, fait le bonheur des panses les moins exigeantes.

Le riz : vous direz que finalement on revient dessus. Oui, mais pas de la même façon. A Douala, le riz est blanc, quand il est accompagné de sauces aussi nombreuses que diverses : la sauce à l’arachide, à la tomate, à la pistache (je ne sais pas si c’est comme ça partout dans le monde, mais chez nous ce qu’on appelle ‘pistache’ ce sont les pépins de melon), le bouillon d’épices, le ndolè et j’en passe. Quand le riz n’est pas blanc, il est sauté ou fait sous forme de rizotto.

La banane malaxée (ou topsi banana) : il faut tout d’abord savoir qu’au Cameroun, on est tellement inventifs sur les choses du ventre qu’on a pensé pouvoir manger des bananes non mûres. La banane non mûre est malaxée dans une sauce essentiellement composée d’arachides et agrémentée de morceaux de poisson fumé.

Le manioc : autre symbole de notre inventivité culinaire. Presque tout est mangé dans le manioc. Commençons par ses racines qui sont transformées sous plusieurs formes. Les tubercules de manioc peuvent être simplement découpées en tranches et bouillies pour accompagner une sauce. Ou encore, on peut en faire du couscous, qu’on appelle ‘foufou’. Les tubercules peuvent devenir nos fameux bâtons de manioc, ou encore devenir du mintumba. Les feuilles de manioc aussi sont comestibles. Elles sont l’élément principal de la fameuse sauce qu’on appelle kpem .

Le sangha : les grains de maïs encore frais préparés avec des légumes et un peu de sucre. Trop bon !

Le koki : il est fait à base de graines de haricot écrasées, cette pâte étant mélangée à de l’huile de palme et à d’autres condiments. Le tout est emballé dans des feuilles de bananier et cuit pendant plusieurs heures à l’étuvée. Peut être accompagné de manioc (dans toutes les formes précitées), de plantain mûr, etc.

Le plantain : un accompagnant béni des dieux. Un exemple de polyvalence. On le prépare vert ou blet, selon le goût. Il peut être cuit à l’étuvée, frit, pilé, grillé.

Le kondrè : il n’y a pas de kondrè sans plantain non mûr et sans viande. Une viande grasse est même recommandée. Plat huileux, mais si délicieux. Même ceux qui font un régime ont du mal à y résister.

Le mbongo tchobi: cette sauce a été l’une des guests-stars d’un film camerounais des années 1990. Un enfant qui la voyait pour la première fois a refusé d’y goûter. Sous le prétexte qu’elle était brûlée. En effet, ceux qui ne connaissent pas seront rebutés à première vue. Cette sauce est noire à l’extrême. Mais elle est un délice pour le palais.

La pâte d’arachides : qu’on ne présente plus.

Le mets de pistache : c’est le même processus que celui du koki. Avec quelques différences quand même : à la place du haricot, c’est de la pistache qu’on écrase. Dans la pâte, on ne me pas d’huile, mais par contre on y incorpore de la viande.

Le dégé (ou DG) : plantain presque mûr et poulet. Tout ça marine dans un court-bouillon lourdement assaisonné. Une chose est que j’ai toujours eu des doutes sur la camerounité de ce mets.

Le achu : Ce plat provient de la zone sud-ouest du Cameroun. Le taro,  un féculent, est bouilli et pilé. Il s’accompagne d’une sauce dont la couleur lui donne le nom : la sauce jaune, faite à base d’huile rouge, de piment, de sel gemme, avec de la viande ou du poisson…

Le nkui : plat bamiléké par excellence. Le nkui en fait est une sauce. Une sauce difficile à manger tant elle est homogène et aussi gluante. Manger le nkui est tout un art, un art qui est dévolu aux seuls initiés. Cette sauce est exclusivement accompagnée de couscous de maïs.

Le ndolè : il fait partie de ceux qu’il ne faut pas manquer quand on vient ou quand on vit au Cameroun. C’est une sauce faite à base d’un légume – le ndolè qu’on l’appelle – pleine de condiments et de viande. Ce qui est bien avec le ndolè est qu’il se mange avec presque tout : le plantain sous toutes ses formes, le manioc sous toutes ses formes, du riz, des ignames, du macabo et j’en passe.

Et la liste n’a rien d’exhaustif. Tout ça pour dire que le Cameroun est un pays dans lequel on mange bien. Peut-être un peu trop bien, quand je me regarde. Mais bon.

Étant obligé de manger uniquement du riz pendant plusieurs jours, j’ai dû procéder à une évolution philosophique dans ma relation avec le petit déjeuner. Parce que lorsque tu envisages avec une certaine anxiété le déjeuner et le dîner, que tu crains une overdose de riz, le petit déjeuner, que d’habitude tu snobes, devient le repas le plus important de la journée. Non pas parce que le lobby des fabricants de poudre de cacao, de lait et de corn-flakes le dit, mais parce que c’est le seul moment où tu manges autre chose que du riz. Et en lorgnant ce riz qu’on te sert avec le même regard que lancerait une prostituée obligée de coucher avec un homme hideux, tu te rends compte que le Cameroun est quand même un beau pays. Et tu te mets à compter les heures qui te séparent du retour vers ta chère patrie.

Beignets - Haricot - Bouillie
Beignets – Haricot – Bouillie

Par René Jackson

PS : Jusqu’à maintenant, je ne sais toujours pas quelle est la différence entre le Thiep et le Thiebou Djen.

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson

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15 thoughts on “Le Cameroun, ce pays où on mange si bien…

  1. Réné brisé, René domestiqué! mon cher collègue tenterait-il de plaire à ses « lecteurs récalcitrants »? Tu dormais pendant l’atélier de Khadi et tu as dû louper la partie où on parlait des caprices de nos lecteurs… 😉

    cela dit, je sais bien que ton pays a une grande diversité d’aliments. Mais tu as oublié mon plat préféré et pourtant on en parlé: la sauce gombo avec du couscousse.

    peace!

  2. Et ce fameux macabo rapé à la sauce d’arachide, cet okok au manioc, ce succulent Eru de nos amis bamenda, ….. k’en as tu fais? certes tu n’as pas été exhaustif mais, mais il y a des plats à ne pas omettre dans ta liste.
    Anyway, c déjà bien de faire la promotion de notre cuisine locale

  3. magnifique article sur la gastronomie camerounaise mais t’as pas besoin de réparer, c’est ton cœur qui a parlé sur ton fameux billet comparant Dakar à Douala et il faut savoir s’accommoder des critiques si tu veux aller loin car on ne peut plaire à tout le monde. en passant à Dakar le riz n’est généralement consommé qu’au déjeuner par la plupart des habitants, au dîner le menu varie.

  4. René là, ce n’est pas pour rien que vos footballeurs sont solides. Cette gastronomie, elle est forte et riche. Il me faut un jour y aller. Avec tous ces délicieux plats, ça en vaut le coût. Merci de l’avoir partagé avec nous.

  5. Bonjour, C’est la première fois que je lis ton blog mais franchement chapeau. Tout d’abord pour ton style littéraire que je trouve particulier, un peut soutenu de temps à autre mais avec quelques mots du jargon Camer subtilement glissés comme pour rappeler d’ou tu viens et le tout donne un mélange agréable à lire.

  6. Salut
    Je decouvre ton blog pour la première fois et j’aime déjà beaucoup. Well done pour ton style, quoique un peu trop soutenu des fois.
    Je voulais juste faire une correction sur cet article. Le taro (achu) ne vient pas du sud ouest, mais du nord ouest. Et fondamentalement on ne met pas le poisson dans la sauce jaune, c’est un sacrilège. Je suis d’Akum (nord ouest) et le achu est notre met principal, de memoire je n’ai jamais vu ni entendu dans mon village qu’on mettait le poisson dans la sauce jaune. Tu vas du coté de Banso (nord oust egalement) leur met principal c’est le fufu et le zom (djama djama). Le ekouang vient du sud ouest.
    Bonne continuation et encore Bravo.

  7. Pardon rectification: le taro (achu) n’est pas un met du Sud-ouest mais bien de l’Ouest (Bamiléké: Mbouda qui en sont à l’origine) et par extension d’une partie du Nord-Ouest (Bamiléké « anglicisé »).lol C’est une faute très très grave ça. Par contre, le Eru est bien du Sud-Ouest.

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