Cameroun made in China

4437851857_7a20c89903_z

Un ami d’enfance, après avoir roulé sa bosse sur tous les continents, notamment en Afrique, est revenu au Cameroun il y a quelques mois. Pendant l’une de nos discussions, il  me dit : « Quand je suis parti d’ici en 2004 les gens utilisaient des téléphones Motorola, Nokia, Samsung, Ericsson, Philips, Sagem, etc. Bref ce qui se faisait de mieux à cette époque. Des appareils de bonne marque et solides. L’autre jour quand je suis arrivé, j’ai voulu m’acheter un nouveau téléphone portable et toutes les boutiques vendaient des téléphones chinois ou des grossières contrefaçons des marques mondialement connues. En désespoir de cause, j’ai pris celui-ci. Nokia avec deux ‘k’. Ça se dit à écran tactile et curieusement il y a pleins de boutons autour. Mais ce qui m’a le plus fait rire, c’est que Bluetooth s’écrit ici ‘Dent bleue’. Ce n’est pas sérieux qu’on autorise la vente des choses pareilles. Qu’est-ce qui s’est passé ici entre-temps ?»

Ce qui s’est passé c’est qu’il y a un virage serré en direction de l’empire du Milieu. Et que le Cameroun est devenu un grand réceptacle des produits chinois. Sous le prétexte de la pauvreté et d’un désir de l’augmentation de la qualité de vie, c’est littéralement une opération portes ouvertes accordée aux produits chintok de très mauvaise qualité. Un dicton dit ici que « ce n’est pas parce qu’on t’a appelé cochon que tu vas t’en aller te rouler dans la boue ». Ce qui veut autrement dire que le prétexte de la pauvreté ne peut pas justifier qu’on laisse notre environnement se faire envahir par des malfaçons. Et les produits concernés vont des bonbons aux avions, en passant par les téléphones, les matériaux de construction, etc.

Un scandale fait d’ailleurs grand bruit depuis quelques semaines : l’affaire des avions chinois commandés par le gouvernement pour la compagnie aérienne nationale. Une affaire tournant autour de la gabegie financière (le contribuable payera trois fois plus cher ces coucous que leur prix normal), des délais (ils auraient dû être livrés il y a deux ans déjà) et de la fiabilité de ce que beaucoup d’experts considèrent comme étant de véritables cercueils volants.

Et quelques petites recherches suffisent de comprendre l’ampleur du danger que ces avions représentent. Il s’agit du Xian MA 60. Qui n’a de certification ni de l’UE, ni des États-Unis. Ce qui implique que ces avions n’ont pas le droit de survoler ces territoires. Idem pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, cette dernière n’étant pas passée par quatre chemins pour dire que cet avion était dangereux.

Pire encore, on recense quinze accidents des MA60 sur ces cinq dernières années. Lors d’un accident qui a eu lieu à Kupang en Indonésie le 10 juin 2013, l’appareil s’est littéralement brisé en touchant la piste d’atterrissage. Dans le domaine de l’aviation, qu’un même type d’avion subisse quinze accidents en cinq ans est tout sauf normal.

Et la suspicion n’en finit plus. Les Chinois ayant refusé de mettre à la disposition le document technique de ces appareils à la disposition des experts camerounais. Le tout est rédigé en mandarin, et non en anglais comme le recommande la réglementation internationale.

Confronté à toutes ces récriminations, le ministre des Transports a tenté maladroitement de démontrer la fiabilité de cet avion en expliquant que par exemple, les moteurs étaient fabriqués aux États-Unis. Comme si le fait que les moteurs soient fabriqués chez l’oncle Sam était une assurance tous risques. D’ailleurs, les Américains ne veulent pas voir cet avion chez eux.

Comme tout un chacun, j’ai des expériences malheureuses avec les chinoiseries. Dont deux au cours desquelles je suis passé à un cheveu d’aller rejoindre mes aïeux. La dernière en date fut avec un fer à repasser. Les Chinois ayant poussé le vice jusqu’à faire disparaître le moindre élément pouvant alerter sur un produit contrefait, je suis tombé dans le piège. L’appareil portait l’estampille d’une grande marque d’électroménager. J’aurais dû trouver le prix auquel on me le vendait étrangement bas, mais je m’étais dit: ‘la bonne affaire’. Trois mois après l’achat, je me suis rendu à l’évidence. Je m’étais fait plumer. La semelle avait commencé à se carboniser. J’ai ravalé ma déception en continuant tant bien que mal à l’utiliser, jusqu’au jour où je reçus une violente décharge électrique après avoir posé la paume de la main sur la semelle pour en vérifier la chaleur.

Tout ceci ne veut pas dire que tous les produits fabriqués en Chine sont de mauvaise qualité. Non. Tout le monde dit que la Chine est l’usine du monde. Une grande partie des produits manufacturés et industriels y sont fabriqués. Quel que soit l’endroit de la planète où on se trouve, on tombera à coup sûr sur un objet « made in China ». De très bonne qualité de surcroît.

Le problème c’est que ceux qui sont destinés au Cameroun semblent être les pires. Ceux qui sont embarqués dans un port chinois pour être débarqués directement au port de Douala.

Prenons l’exemple des téléphones. Ils sont bruyants, font peur, extrêmement mal conçus, regorgent de fonctionnalités. Et la plupart du temps elles sont incompréhensibles, car la langue française y est approximative, quand elle n’est pas totalement à côté de la plaque. Leur coque est très souvent en métal, mal isolée. Ce qui garantit de mini décharges électriques si on les saisit quand ils sont en charge.

Un autre exemple: les motos qui circulent dans nos rues. De véritables catastrophes ambulantes. Tout acheteur de moto sait que le jour où il acquiert son engin, avant d’arriver chez lui, doit absolument faire un tour chez le garagiste afin qu’il serre toutes les vis et tous les boulons. De nombreux maladroits qui ont omis cette considération se sont retrouvés avec des pièces qui se sont perdues pendant qu’ils conduisaient leur engin. Un jour, j’ai emprunté une moto et sur le chemin, le moteur est tout bonnement tombé. L’engin était pourtant tout neuf.

Quand de telles déconvenues surviennent, les victimes n’ont la plupart du temps que leurs yeux pour pleurer. Il est inenvisageable pour le vendeur de dédommager ou d’apporter une quelconque assistance au client en détresse. Il n’y a généralement pas de garantie. Et même quand il y en a, elle excède rarement quelques semaines. Même pour un appareil comme un téléviseur.

L’argument économique par lequel on justifie ce choix du chinois low-cost ne tient pas la route. Prenons un exemple simple, qui est de saison: les parapluies. Actuellement à Douala, c’est la saison des pluies. Les vendeurs de parapluies font d’excellentes affaires puisqu’il peut pleuvoir sans arrêt pendant plusieurs jours. Le parapluie provenant directement de Chine – l’écrasante majorité – coûte en moyenne 1 500 francs Cfa. Leur caractéristique première est leur fragilité. Talonnée de près par leur piètre fabrication. Du coup, nombreux sont ceux qui se retrouvent avec trois parapluies achetés en une même saison pluvieuse. Pour un coût global de 4 500 francs. Et ce sera rebelote pendant la prochaine saison des pluies. Pourtant, les plus malins, qui auront acheté des parapluies importés d’Europe par exemple – et plus difficiles à trouver – auront en mains un produit dont la durée de vie sera étalée sur plusieurs années.

On aura beau se plaindre, ça ne changera pas. Quand on y réfléchit bien, on se rend un peu compte que nous sommes – encore – victimes de la géopolitique. On n’a pas encore fini de se plaindre du supposé néo-colonialisme que les Occidentaux nous auraient imposé depuis cinquante ans qu’on se retrouve dans une situation quasi similaire avec les Chinois. Ils nous arrosent d’argent. Nous sommes heureux d’en profiter. Sauf que nous faisons tellement bombance que personne ne voit que nous replongeons dans la spirale de l’endettement. Résultat : on se fait imposer n’importe quoi, comme le fait de devenir l’un des marchés de produits chinois, qui ne se donnent même pas la peine de les fabriquer correctement. Ou alors on se retrouve avec une infrastructure – ma foi très belle – comme le Palais des sports de Yaoundé, construite mais surtout gérée par les Chinois. En disant échapper au lion, on se retrouve nez à nez avec un tigre.

D’un autre côté, ce n’est pas plus mal qu’ils le gèrent eux-mêmes, ce Palais des sports. Car connaissant notre mentalité, on aurait déjà des petits bouts de cette bâtisse disséminés un peu partout dans les foyers camerounais. On ne se contente pas d’être des experts en détournement de deniers publics, on détourne tout ce qui peut l’être. Tout y passe, même les sièges, les tapis, les poteaux et les câbles de nos infrastructures publiques.

René Jackson

The following two tabs change content below.
René Jackson Nkowa
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson Nkowa

Derniers articles parRené Jackson Nkowa (voir tous)

2 thoughts on “Cameroun made in China

  1. Heureusement, tu l’as mentionné, « Quel que soit l’endroit de la planète où on se trouve, on tombera à coup sûr sur un objet « made in China ». De très bonne qualité de surcroît », le problème est donc ailleurs, il faudrait plutôt fustiger nos « hommes d’affaires » véreux qui veulent le maxi de pognon ainsi que la soit disant « ANOR » qui n’existe que de nom. Pour les « motos », elles sont montées sur place donc si vis et pièces se retrouvent éparses, c’est la faute une fois de plus à nos « commerçants ». Note que la fabrication de la plupart de ces produits de « mauvaise qualité » est commandée par nos businessman dans quelque secteur que ce soit.

  2. « On ne se contente pas d’être des experts en détournement de deniers publics, on détourne tout ce qui peut l’être. Tout y passe, même les sièges, les tapis, les poteaux et les câbles de nos infrastructures publiques. »
    Quand changerons-nous nos mentalites ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *