A Paris, on ne voit pas la Tour Eiffel de partout

Paris - Par René Jackson
Paris – Par René Jackson

 

Il y a Paris qu’on connaît, ce Paris qui hante nos imaginaires

Paris qu’on admire, Paris dont on rêve, qui nourrit nos fantasmes

On la croque dans nos têtes, aidés par les calques qu’on peut en voir partout et en tout temps

Paris, ville des amoureux, avec ses ponts alourdis par des cadenas

Ces amoureux qu’il n’est pas difficile de débusquer se bécotant sur les parapets

Ville d’histoire, avec sa cathédrale de nombreuses fois centenaire

Cité d’espoir, qui est à la pointe de la modernité

Fleuron de notre ère, Paris est l’un des centres du monde

Il y a Paris qu’on connaît, qui est représenté par une certaine étrangeté

Pour d’aucuns c’est une obscénité, cette érection à peine voilée

Encore plus offensante qu’elle est source d’une certaine fierté

Un peu comme ce manant guilleret qui irait présenter sa virilité déployée dans un couvent

Cette fierté est justifiée pour certains, il fallait vraiment y penser de faire

Une chose qui irait tutoyer les cimes, gratter l’envie et la jalousie d’autrui

Éperdument séduits, ils l’ont surnommée la Grande Dame de Fer

Une Dame pour l’amour de qui beaucoup ploient, imperceptiblement, mais sûrement

A Paris, on voit la Tour Eiffel de partout

C’est ce que les films nous apprennent, les romans et la propagande aussi

Mais la réalité est qu’il y a cet autre Paris

Ce Paris d’une violence pas physique, mais d’une brutalité non moins heurtante

A Paris, on ne voit pas la Tour Eiffel de partout

Il y a ce niveau, ces niveaux en dessous du rez-de-chaussée

Cet endroit où le Parisien devient une sorte de taupe

Il se déplace d’un point à un autre en empruntant des galeries souterraines

Comment peut-on traverser la plus belle ville du monde par en dessous

Avec pour seul panorama ces tunnels obscurs

C’est peut-être pratique, mais si laid, si rébarbatif

La preuve, dans le métro, personne ne rit, ni ne sourit

Tout le monde a la mine tranquille de celui qu’on va inhumer

Ce qui n’est pas vraiment hors de contexte vu qu’on se trouve sous terre

Il y a ce Paris à l’extérieur de cette boucle fermée qu’on appelle le périphérique

Ce Paris qui se vide de ses travailleurs dès que l’aube se pointe

Quand il veut bien le faire d’ailleurs, vu l’heure à laquelle le soleil se donne la peine

Il est bien le seul qui fait la grasse matinée

Il y a ce Paris qui doit emprunter le train chaque matin

Qui doit traverser le périphérique – par en dessous

Ce Paris qui doit travailler avec acharnement pour vivre et garder sa gloire

Qui doit plier l’échine pour garder son bout de Tour Eiffel

Cette présence rassurante, on ne la voit pas, mais elle n’est guère loin

Et parfois la nuit sous le froid, on peut apercevoir la lueur de son phare tournoyant

Qui passe avec la cadence précise d’un métronome

Il y a ce Paris qui est assis à même le trottoir

Qui a son balluchon tout près, qui a son tout tout près

Qui n’a plus peur de rien, la peur étant engendrée par ce qu’on risque de perdre

Ce Paris ne peut pas voir la Tour Eiffel, il ne peut même pas bouger

Il est perclus d’engelures les soirs d’hiver et boursoufflé de coups de chaleur les midis d’été

Il tient sa gamelle, qui est la seule source de sa pitance

Quêtant de la compassion du Parisien qui n’a plus le temps d’éprouver ça

Le Parisien est cet homme toujours pressé

Qui court derrière un bus alors que le prochain arrive dans la minute qui suit

Qui marche en alignant des foulées certes petites, mais extrêmement rapides

La Parisienne est cette personne multitâche

Comme ce téléphone intelligent qu’elle tapote tout en trottinant, en discutant, en mangeant

Juste en les regardant vivre, le Parisien et sa compagne sont désespérément épuisants

On peut avoir l’impression qu’ils manquent de fantaisie, de joie de vivre

Si souvent pressés qu’on a l’impression qu’ils ne voient pas toute la beauté qui les entoure

Qu’ils n’ont pas conscience de l’admiration qu’on voue à tout ce qu’ils ont la chance

De vivre et de côtoyer chaque jour

Mais encore faudrait-il qu’ils aient le choix

Ils doivent se hâter tout le temps s’ils veulent faire perdurer ce rêve

Ce rêve qui est vital tant pour eux que pour le reste de l’humanité

Se hâter de trouver un travail, d’y faire ses preuves, de participer à l’effort collectif

Se hâter au point de passer tout près de la Grande Dame de Fer sans y jeter un œil

A Paris, on ne voit pas la Tour Eiffel de partout

Parfois même en passant juste en dessous

 

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
René Jackson

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8 thoughts on “A Paris, on ne voit pas la Tour Eiffel de partout

  1. En lisant le début du texte je me suis seulement dit: ce panda regarde trop de films de Woody Allen pour avoir encore dans les yeux tant de clichés! Et puis au lieu de nous amener dans le Paris des années 50, tu nous a fait voyager dans le Paris d’aujourd’hui, avec ses héros des temps modernes, un peu anti-héros d’ailleurs qui ne voient plus la tour Eiffel qui veille sur eux. Sans vouloir encore une fois jouer les derbys, à Marseille on dit aussi ça de Notre-Dame de la garde, et on lui donne aussi un nom de dame, plus populaire, moins chic, comme la ville peut-être : « la bonne mère ». Bref, tout ça pour dire, qu’à la fin, j’attendais peut-être plus de photos un peu plus clichés justement. Tu as donc réussi ton Pari(s) en les dépassant, et peut-être que le texte suffit finalement.

  2. Merci Pé Pi!

    J’ai préféré dans un premier temps dépeindre cette particularité. Les bons côtés de Paris, on en parle assez déjà. Cette vision, quoique personnelle (je la revendique), collera à coup sûr à des réalités dans lesquelles beaucoup se reconnaîtront à coup sûr.

  3. Trop bien Panda. Je reconnais ce Paris. j’espère aussi que tu auras l’occasion d’en découvrir des dizaines d’autres. Je remarque en tous cas que ce voyage a déclenché quelque chose de romantique dans ton style. C’est un bon signe et belle promesse pour les aveux à venir.
    bises du froid 🙂

  4. Je suis bien la seule alors qui n’aime pas Paris. Je l’ai visité de fond en comble, je n’ai rien ressenti. La Tour Eiffel? bof, j’aime pas la hauteur, mais j’ai vaincu ma peur et est montée au sommet; j’ai toujours pas comprit pourquoi on en fait tout un plat. Les Champs Elysées? la seule fois où je trouve un semblant de beauté c’est lorsque c’est illuminé durant la periode des fêtes de fin d’années, etc.
    J’en conclut que je ne suis pas quelqu’un de romantique si je ne trouve aucun charme à cette ville qui a donné tant de….. Je suppose également que je suis une fille de la province, car je me plait bien à Nancy cette petite ville de province qui a un charme particulier.
    Je suis ouverte à toute personne qui me montrera un autre visage de Paris et qui m’amènera à changer le sentiment que j’ai envers cette ville qui suscite tant de controverse.

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