6 raisons qui font que l’élimination du Cameroun de la CAN 2013 est une bonne nouvelle

Voilà, c’est officiel : les Lions Indomptables, l’équipe nationale de football du Cameroun, ne participeront pas à la Coupe d’Afrique des Nations 2013 qui se tiendra dans quelques mois en Afrique du Sud. Ce qui nous pendait au nez dès la fin du match aller contre le Cap Vert s’est finalement concrétisé ce dimanche soir après un match que les camerounais ont dominé des pieds et de la tête. La rencontre s’est la plupart du temps déroulée dans la moitié de terrain archipélagique, les camerounais se procurant une foultitude d’occasions presque systématiquement mises dans le vent par la défense capverdienne, notamment par l’excellent Evora, le gardien de buts. Le match s’est finalement soldé par le score de 2 buts à 1 en faveur des Lions, mais ces derniers restent à quai, car ils accusaient déjà un retard de 2 buts sur leurs adversaires. Deux buts qu’ils n’ont pu effacer des tablettes. Ce qui semble être un déshonneur pour une équipe au background imposant comme celle du Cameroun est une très bonne nouvelle, quand on y réfléchit bien. La preuve.

1-Nous sommes pour l’intégration et le renforcement des liens entre africains : pour ceux qui y ont déjà mis les pieds, il paraît que le Cap Vert est un Portugal en miniature. Un pays insulaire et isolé où il fait bon vivre. Il est temps pour eux de sortir de leur zone de confort et de se frotter aux vraies réalités du Continent. Et rien de mieux pour ça que le football,  moteur par excellence d’intégration. Un merveilleux pont d’or offert par un Cameroun entremetteur à un Cap Vert n’ayant jamais participé à une phase finale de CAN. L’Égypte aussi sera absente. Il faut faire de la place à d’autres comme Éthiopie. Khadafi est mort, le foot le remplace valablement.

2-Pour montrer l’exemple aux Sénégalais : leur montrer comment l’équipe africaine au palmarès international le plus étoffé peut sombrer face à une équipe dont l’histoire dans le foot n’avait jusque là jamais commencé. Sombrer, oui, mais dans la dignité. Il n’y a pas à rougir quand on reçoit une rouste de la part de la Côte d’Ivoire. Mais malgré cela les compatriotes de Youssou Ndour  ont réussi à tout casser et à mettre le feu dans leur propre stade. On n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé à Dakar si c’était le Sud Soudan qui avait filé une tambouille pareille aux fauves de la Téranga.

3-Critiquer sans rien risquer, c’est le paradis : couché dans un hamac, les doigts des pieds en éventail, du pop corn et des canettes à portée de bras, le clavier ou le portable sur l’abdomen, l’écran de téléviseur diffusant les rencontres en arrière-plan. Telle est la position favorite du critique du football. Surtout quand son pays ne fait pas partie de celles qui s’étripent pendant le tournoi. Personnellement, j’en ai fait l’expérience au début de cette année en distillant toutes sortes de tacles. Il faut dire que j’ai été chroniqueur sportif le temps de la CAN 2012 et j’ai dézingué bien d’équipes et de joueurs. Et il n’y a jamais eu personne pour dire : le Cameroun… Tout simplement parce qu’on n’était pas là !

4-Les stars du ballon rond se bousculeront aux portes du Cameroun : le pays doit désormais se préparer à accueillir une constellation d’étoiles. Les quelques hôtels de Yaoundé seront bien vite remplis quand le déferlement va commencer. Lorsqu’un joueur de foot prend sa retraite, il organise un jubilé, en essayant d’y faire participer le plus grand nombre de noms possible. Avec la rencontre face au Cap Vert, ils sont nombreux ceux qui comprendront qu’il aurait mieux valu pour eux de ne pas sortir de leur retraite tranquille. De facto, ils accéléreront l’organisation de leurs jubilés respectifs. Au début de la rencontre, on avait l’impression étrange qu’on avait fait un bond de 8 ans en arrière en découvrant les joueurs alignés. Un peu comme si Zidane, Thuram, Lizarazu et Viera se retrouvaient dans la liste du match des Bleus contre l’Espagne de la semaine.

5-Le karma n’est pas bon : pour ceux qui trouvent que c’est la déroute totale cette élimination du Cameroun contre les Requins Bleus, je tiens à relativiser. Le pire pour les Lions Indomptables aurait été d’aller en Afrique du Sud. Les voyages de notre équipe nationale dans ce pays se sont toujours terminés amèrement. Un élimination sans gloire en quarts de finale de la CAN 1996 contre une RDC qui n’en avait même pas encore fini avec son dictateur. Après avoir subi un cinglant 3-0 en ouverture contre l’hôte (Doctor Khumalo, j’ai encore mal quand je pense à toi). Je ne parle même pas de la dernière coupe du monde où ça a été le fiasco total. En dehors de cela il y a que la fin du monde c’est dans 2 mois. Les Incas l’ont prédit il y a des centaines d’années. Alors, à quoi bon se qualifier pour une compète qui n’aura jamais lieu ? Ce raisonnement est un peu tiré par les cheveux. Mais par les temps qui courent, on ne crache sur rien.

6- Une profonde remise en question : le football a certes fait vivre certaines séquences de pure gloire au Cameroun, mais aussi de tristes déconfitures. On dit partout que le Cameroun est un pays de football. Mais en réalité le football est en état de putréfaction avancée au Cameroun. Ces dernières années, l’arbre qui cachait le désert était l’équipe nationale et son délitement quasiment irréversible dévoile la réalité de la situation. Le dernier club camerounais à avoir remporté un trophée continental fut l’Union Sportive de Douala en… 1981! Le problème d’infrastructure est un gouffre sans fond. Dans certains stades où se jouent les matchs de première division, ce sont les chèvres et les moutons qui « tondent » les pelouses et en contrepartie disséminent leur fiente sur les aires de jeu.

L’équipe nationale de football est une énorme vache à lait qui – heureusement ou malheureusement – va s’assécher si les prestations des Lions continuent sur cette lancée. C’est une vache à lait autour de laquelle gravitent des conflits d’intérêts les plus fous. Une coupe du monde 2010 de laquelle le Cameroun est rentré sans avoir pris le moindre point, deux absences consécutives à la CAN par la suite doivent faire comprendre quelque chose de très simple : les camerounais doivent impérativement faire preuve d’humilité. Parce que se faire éliminer de la coupe d’Afrique par le Cap Vert est un révélateur du niveau réel de l’équipe. Tant qu’on ne mettra pas de côté ce « nom » qu’on n’arrive plus à défendre, on va au devant de catastrophes encore plus grandes que celles que le football camerounais vit déjà aujourd’hui.

Remettre les compteurs à zéro, c’est tout ce qu’il y a à faire. Mais encore faudrait-il que beaucoup reconnaissent et acceptent d’assumer leur responsabilité. Mais pour ça, on peut toujours courir. Si le football et l’équipe nationale en particulier n’a pas connu un chamboulement de fond en comble après la déroute de la coupe du monde en Afrique du Sud, on n’a pas fini d’attendre. Mais alors, vraiment pas fini. Pire, quand on a besoin de sang neuf, on va plutôt sortir un général de l’armée camerounaise de sa retraite pour le mettre à la tête de la jeune ligue professionnelle de foot. Pathétique.

Par René Jackson

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René Jackson
Diplômé de faculté de droit et d'école de commerce, je me passionne pour la communication, le management et l'écriture. Un peu geek sur les bords, j'aborde la vie avec une certaine poésie. Bonne lecture.
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